La magie du Chemin

Saisissant l’opportunité d’une marche sur le Chemin de Oloron-Saint-Marie à Sarrance avec l’associaition du Refuge Saint-Jacques de Lescar, puis l’invitation par les Amis de la voie d’Arles d’Oloron à partager une garbure le soir, jour de la saint Jacques, en pèlerine, j’ai dormi au refuge d’Oloron-Sainte-Marie pour revenir sur Lescar, le lendemain, en remontant le GR 653. Après une marche sous la canicule épuisante pour les organismes, le retour s’est déroulé sous la pluie. Aucune possibilité de faire une halte avec mes pinceaux d’autant que je m’étais équipée d’un papier épais (425 g/m2), fort sensible à l’humidité, mais tellement agréable à aquareller

Fatiguée, quelques peu démoralisée par le temps sombre et orageux, ayant mis plus d’énergie dans la chasse aux moustiques et aux taons que dans la marche, l’arrêt à Lacommande pour une nuit réparatrice fut de bonne augure. A l’arrivée dans ce site à forte empreinte historique, des notes échappées d’un piano mettaient en musique le village. L’harmonie régnait tout autour et nous enveloppait d’une sérénité retrouvée. Quel émerveillement !

Dans la petite église romane, une pianiste répétait en vue d’un récital pour le lendemain.  Avec grande générosité, Yukiko Yamagami offrait son art aux villageois, visiteurs et pèlerins de passage. Moment privilégié au cours duquel l’artiste s’est livrée sans fard, libre de toutes les contraintes du concert. Alors, enthousiasmée par un état de plénitude, j’ai sorti mon matériel d’aquarelliste pour partager cet instant fugace et tellement beau. Quel bonheur !

 

La pianiste Yukiko Yamagami photographie l'aquarelle par dessus l'épaule de Cécile Van Espen, Lacommande, photo Ticky Tac, 26 juillet 2019
La pianiste Yukiko Yamagami photographie l’aquarelle par dessus l’épaule de Cécile Van Espen, Lacommande, photo Ticky Tac, 26 juillet 2019

La pianiste Yukiko Yamagami en répétition, Lacommande (France), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, 30 x 40 cm, papier sans acide, 425 g/m2, 26 juillet 2019
La pianiste Yukiko Yamagami en répétition, Lacommande (France), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, 30 x 40 cm, papier sans acide, 425 g/m2, 26 juillet 2019
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Epilogue

Un an après avoir écrit l’intégralité des textes de mon projet, vécu sur le Chemin de Compostelle de Lescar à Fisterra du 11 septembre au 30 octobre 2017, je reprends la plume. Cette aventure ne s’est pas arrêtée à mon retour en Béarn, elle continue de vivre en moi. Elle est le catalyseur de nombreux autres projets artistiques et humains dont vous êtes les premiers témoins en ayant pris connaissance de ce blog et en le suivant. Egalement, cet hebdomadaire m’a permis d’entretenir des amitiés nées sur le Chemin, d’en retrouver qui s’étaient éloignées avec les ans ou d’en voir émerger de nouvelles.

Ma rencontre avec les Editions Gypaète et leur invitation à aquareller les rues de Pau telles que je les ressentais découle directement de ces 2 mois passés à peindre quotidiennement mon expérience jacquaire. Durant les 6 mois qui ont suivi l’ouverture de ces pages, j’ai marché dans les rues de la cité béarnaise pour en saisir l’âme. Puis j’ai mis à profit mes compétences professionnelles pour publier un carnet d’aquarelles, livre présentant l’ensemble des dessins peints sur le Chemin. A ce titre, je suis toujours à l’écoute de propositions en vue d’une nouvelle expérience professionnelle dans le domaine de la communication, de l’animation culturelle ou plus largement une expérience qui soit compatible avec mon savoir être. Vous pouvez retrouver mon profil professionnel sur Linkedin.

Photographie, Cécile est assise à cheval sur le banc d'une table de pique-nique en bois. Elle peind. Le carnet de peinture est devant elle, puis le petite palette, puis le godet d'eau et le gourde. Elle tient un pinceau à main droite.
Cécile Van Espen réalisant une aquarelle du chevet de l’église de Sarrance, septembre 2017

L’adhésion à l’association du Refuge Saint-Jacques de Lescar et les échanges avec ses membres ou avec d’autres marcheurs résultent de mon désir de poursuivre mon Chemin. A chaque rendez-vous, pas besoin de mots pour nous reconnaître : nous nous sentons unis par une même expérience. Nous n’en parlons pas systématiquement, mais elle est là, présente avec nous.

Plus largement, je poursuis mon expérience artistique. Elle me permet de renforcer ma créativité et mon ouverture sur le monde. Egalement, je continue à aller dans le sens de valeurs qui me sont chères et qui sont très répandues sur le Chemin : celles du respect de l’Humain, de l’Environnement et du savoir-être. Dans cette optique, j’ai créé une association, Art et Environnement, dont l’objet est la sensibilisation à la préservation et à la conservation  de l’environnement, naturel ou culturel, par le biais de l’Art. Avec Cette dernière, je travaille autour d’une nouvelle aventure qui pourrait voir le jour d’ici à cet été.

Photographie, Cécile est accroupie à côté d'une borne du Chemin. Elle est de section carrée, haute (environ 1m). Sur une des faces, on voit la coquille jaune du logo européen, Cécile pose une main dessous. De l'autre main, la droite, elle se tient à son bâton de randonnée, tenant également sa casquette.
Cécile Van Espen accroupie à côté d’une borne de balisage du Chemin en Aragon

Aujourd’hui, ce blog, destiné à vous transmettre mon aventure sur le Chemin, se met en léger sommeil. J’espère pouvoir lui donner vie d’ici quelques semaines, aux beaux jours, pour de nouvelles partitions car je continue à pratiquer de concert la marche et la peinture à l’aquarelle.

Buen camino !

Photographie, au loin on devine Cécile sur un sentier qui derrière elle s'enfonce dans une oliveraie. Le sentier est à flanc de coteau qui monte sur la droite.
Cécile Van Espen sur un sentier, à l’entrée d’une oliveraie, à Olcoz

Etape 49

  • 30 octobre
  • 13,1 km
  • CeeCabo Fisterra

Ce matin, chacune part de son côté. L’arrivée au bout de l’aventure se vit en toute intimité. Le Chemin longe la côte, le soleil est derrière les nuages. Le paysage manque de lumière. Il est triste alors que j’ai chaud au coeur. Quel contraste ! La plage d’Estorde est dans une petite crique. Elle est déserte. L’Océan est calme. Je pense qu’il va pleuvoir si le vent tombe. Mais il n’en est rien.

A l'aquarelle, une plage... L'Océan arrive par la gauche (la moitié basse) et se fond sur le sable par des mouvements incurvés. Le sable se prolonge en premier plan par une touffe d'herbe. Sur le fond, l'océan est bordé par une colline boisée. Le ciel est menaçant.
Playa de Estorde (Coruña – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 30 octobre 2017

Quelques kilomètres plus loin, j’arrive dans la baie de Fisterra. Le soleil bataille pour percer. Il éclaire de plus en plus l’Océan. Je suis attirée par l’eau. Je ne me retiens pas. Je pose mon sac à dos sur la promenade de caillebotis. Je descends les escaliers. Sur le sable, j’enlève chaussures et chaussettes. Je relève les jambes de mon pantalon. Je me retrouve les pieds dans l’eau… Je suis béate… J’ai fini ! Je n’en reviens pas. Quel bonheur ! Je reste là, longtemps. Le sourire est figé sur mes lèvres. Le froid me fait quitter l’eau. Mes pieds sont un peu bleu. Qu’importe, la vie est belle.

A Fisterra, je laisse mes affaires dans un refuge tenu par des Hongrois. J’y retrouve l’Allemand croisé dans le bois incendié. Il avait raison. Nous nous sommes revus. Par contre, malgré les promesses respectives, je n’ai jamais re-croisé Elisabeth rencontrée à Foncebadón. Regina est également là, nous nous étions donné rendez-vous là. C’est un refuge d’Allemands. Je suis toujours la seule et l’unique Française. Je pars sur Cabo Fisterra le dos léger. J’effectue le trajet sans m’en rendre compte. Song, une jeune Coréenne m’accompagne. Nous faisons connaissance au début de la montée et nous conversons tranquillement. Je suis curieuse. Je pose plein de questions. Elle est seule. Malgré l’âge, nos vécus sont similaires. La peur et l’incompréhension de l’entourage. Les risques pour une femme seule soulevés par ceux qui restent. La découverte d’un pays. La magie des rencontres. L’envie de se retrouver.… Elle est heureuse de son aventure. Moi aussi.

A l'aquarelle, l'océan. Sur la gauche en premier plan, quelques rochers. Sous eux l'océan qui se prolonge vers l'horizon rose sur sa ligne. Le soleil (non visible) illumine la partie gauche.
Cabo Fisterra (Coruña – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 30 octobre 2017

A l’extrémité de la fin des terres, je peins le reflet du soleil sur l’Océan. La lumière. L’infini.

En quittant Lescar, je traversais une porte ouverte sur l’horizon. Aujourd’hui, je ne la referme pas. L’avenir s’ouvre à moi.

A l'aqurelle, l'Océan. sur la partie basse, le sol agrémenté que quelques fleurs jaune à droite surplombe l'océan. Ce dernier est calme. Sur son centre, le soleil s'y reflette. Aux 2/3, l'horizon est jaune orangé.
Cabo Fisterra (Coruña – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 30 octobre 2017

Etape 48

  • 29 octobre
  • 32,7 km
  • Santa MariñaCee

L’étape du jour est longue. Elle se termine par une traversée de désert : 13,5 km sans village, sans refuge. Avec le changement d’heure, le départ à 7h15 se fait au lever du jour. Je suis la première à démarrer. Une dernière fois, j’apprécie les petites mers de nuages qui se lèvent du fond des vallées de la Galice. Je ne peux pas les peindre, il y a trop d’humidité.  Après Ponte de Oliveira, quand le sentier prend de la hauteur et que son exposition est face à l’est, je peux m’installer. Le sol est toujours humide. Le vent souffle très fort. Nous ne sommes pas loin de l’Océan. Il est peut être sous son influence. Ce matin, le Chemin est désertique. Il n’y a pas âme qui vive, pourtant je ne suis qu’à quelques kilomètres de Fisterra.

A l'aquarelle, une colline fait face. A sa base, le lit partiel d'une rivière. Le flanc de colline monte, il est boisé. Au sommet, apparaissent deux éoliennes dont l'implantation semble continuer sur l'autre versant. Les tonalités des arbres oscillent du vert olive au rouille.
Olvieroa (Coruña – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 29 octobre 2017

Le paysage se métamorphose. Il devient rocailleux, habillé de pins et d’eucalyptus. Je fais la pause des 20 km, en plein milieu du passage. Il n’y a pas d’affluence, je ne suis pas dérangée. Mais, un groupe de jeunes italiens me double. L’un d’entre eux fait demi-tour.

– Je vous connais… Nous avons mangé à la même table à Hontanas

Ma mémoire s’active. Mes neurones se reconnectent.

– Ouaaah !

Du groupe de cinq avec qui j’avais partagé le repas, ils ne sont plus que deux. Les autres ont arrêté leur périple à Santiago. Entre temps, le deux restants ont rencontré d’autres italiens avec qui ils finissent leur route. Ils prennent une photo de nous trois pour envoyer aux autres. Nous nous embrassons. Nous nous félicitons. Nous sommes arrivés ! Eux veulent être au Cabo Fisterra ce soir. Ils courent plus qu’ils ne marchent. Moi, je prends mon temps. L’arrivée est pour demain.

A l'aquarelle, de face, un chemin part tout droit. Large en bas de feuille, il se rétrécit. A mi feuille, il s'arrête suggérant un changement de pente. Il est bordé d'arbres et semble s'enfoncer dans une forêt
Marco do Coto (Coruña – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 29 octobre 2017

Et soudain, au bout d’une interminable ligne droite de quelques longs kilomètres, exposée au vent et au soleil, l’Océan apparaît. Avec le soleil qui s’y reflète en cette fin d’après-midi, il est éblouissant. Face à moi, la plus belle vue de monde. Les larmes me montent aux yeux. Je suis en arrêt, subjuguée. J’y suis !

En quelques secondes, je choisis d’immortaliser la vue, celle de la réussite de mon aventure. L’aquarelle me permet de faire durer l’émotion. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle s’exprime ici et si violemment.

Une jeune néerlandaise me rejoint. Elle marque un temps d’arrêt puis repart.

Regina arrive bien plus tard. Elle saute de joie. Nous nous embrassons. Elle se pose pour jouir de ce moment. Nous repartons au même rythme jusqu’à Cee.

A l'aquarelle, un chemin part du centre droit de la feuille, il descend et semble s'enfoncer dans un paysage d'arbres. En fond, on devine l'Océan qui marque la ligne d'horizon. Il est éclairé par le soleil.
Cee (Coruña – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 29 octobre 2017

Etape 47

  • 28 octobre
  • 21 km
  • NegreiraSanta Mariña

Jusqu’à présent, je suis passée à la lisière d’incendies. Là, je traverse une petite zone qui a brûlé il y a 10 jours. L’odeur est encore présente. Il fait beau. Pourtant, cet environnement me glace. Un marcheur allemand a la même réaction que moi. Il pose un regard anxieux sur la forêt détruite :

– Je n’aurai pas aimé être là quand ça a brûlé. Rien qu’aujourd’hui, j’en ai la chair de poule. Ca fait peur.

A l'aquarelle, partie basse d'un bois, tous les troncs sont noirs, calcinés, la terre également.
Negreira (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 28 octobre 2017

Pourtant, il ne perd pas le nord. Il me prend en photo. Il m’a déjà croisée et n’en revient toujours pas.

– Chaque fois que je te vois, tu es entrain de peindre. Comment fais-tu ?

Puis, il s’en va en affirmant :

– Je suis sûr que nous allons nous revoir.

A la sortie de Cornado, je trouve un peu d’ombre. Le sentier est très dégagé. Le soleil cogne, malgré le vent. En cette saison, il devrait pleuvoir. La chauffeuse de taxi d’hier s’est beaucoup étalée sur le sujet :

– Normalement, il pleut de septembre à décembre. La sècheresse règne sur la Galice depuis 10 mois. Un malheur pour nous, les habitants.

A l'aquarelle, vue qui plonge sur un pré. En fond, il est fermé à gauche par une barrière, puis par d'immenses arbres
Cornado (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 28 octobre 2017

Ici, la pluie est attendue avec beaucoup d’impatience. En attendant, je marche sous un soleil de plomb.

Quand je rejoins une auberge, elle est en bordure d’une route à grande circulation, à la sortie de Santa Mariña. Le cadre n’est pas des plus esthétiques. Mais, le dortoir est confortable et spacieux. Dehors, je fouille du regard à la recherche d’un point de vue, J’entends un coq chanter. En cherchant, je trouve un tout petit poulailler coincé au fond d’un hangar occupé par un tracteur. La lumière est absente. Dans ce fond ténébreux, le roux des poules ressort, alors je les croque…

Une rangée de 5 poules, rousses, sur fond noir. Elles sont toutes en position différente, de profil, de face la tête entrain de picorer, de profil pour le coq, puis de dos, la dernière montrant son postérieur
Santa Mariña (Coruña – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 28 octobre 2017

Etape 46

  • 27 octobre
  • 32 km + 10 km en taxi
  • O PedruzoNegreira

Il y a un brin de fébrilité dans l’air. Les gens se lèvent alors qu’il n’est pas 6h. Je suis la dernière à quitter le gite, il est 7h. Pour marcher, je m’éclaire à l’aide de mon téléphone portable. Je suis également victime de l’excitation. Je sens que ma vitesse de marche est légèrement supérieure à l’habitude. J’ai beaucoup de mal à me poser à cause du monde et de l’humidité. Mais, je souhaite que mon carnet témoigne de ce défilé. Nous sommes à la queue-leu-leu. Alors, je traverse la chaussée, je m’installe au soleil. A 10 m du tracé du défilé, rares sont les marcheurs qui prêtent attention à l’artiste. A Monte do Gozo, je retrouve avec joie Malgo. Elle est avec tout un groupe international de jeunes. Il s’est formé au long des étapes. Elle s’empresse de feuilleter mon carnet et de le monter aux autres. J’ai déjà vu, parfois échangé, avec tous les jeunes qui l’entourent. Il y a un Italien, un Israélien, une Allemande… Nous nous congratulons. Nous nous embrassons chaleureusement. Nous avons réussi ! Je repars.

A l'aquarelle, cinq marcheurs de dos, à la file, avancent, le long d'une bordure d'eucalyptus
Lavacotta (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 27 octobre 2017

J’arrive à l’entrée de Santiago à 13h. Une heure plus tard, sur le parvis de la cathédrale, j’enlace Wolfgang, Henry (sa maman, Julie, est partie à la recherche d’un hébergement) et Louisa. Elle marche avec une Islandaise. Puis, je file retirer la Compostela. Après plus d’une heure de queue, je reprends ma route vers Fisterra. Il est 15h30. L’attente m’a complètement stressée. Je trace sur 5 km avant de me retrouver. La foule a disparu. Elle est restée à Santiago. Je retrouve l’attrait de la marche d’avant Puente la Reina. Le sentier est étroit. Il serpente à travers bois et champs. Je suis heureuse. Aujourd’hui, j’entame allègrement la fin de mon aventure.

A Castello, l’auberge est fermée. Il est 18h. La nuit tombe à 19h. Je n’ai pas la capacité de marcher 10 km en une heure. Alors j’opte pour un taxi. Au cours de ces 7 semaines, c’est ma seule infraction à la marche. La chauffeuse me parle des dangers du bois que j’aurai pu avoir en continuant de nuit :

  • En ce moment, la nuit, le danger ne vient pas de l’homme. C’est la saison des ruts. Les cerfs sont être dangereux.
  • A bon, ce ne sont pas les hommes !
  • Non, les animaux sont plus dangereux surtout la nuit.

Etape 45

  • 26 octobre
  • 23,3 km
  • CastañedaO Pedruzo

Le lever du jour est beau. Le ciel est dégagé. La brume se lève du fond des vallées, comme il y a deux matins. Aujourd’hui, le Chemin suit une crête. Je m’installe en bordure, au soleil. Ainsi, à 10h, je peins sans problème d’humidité. Les gens qui passent, s’arrêtent, discutent… J’ai beaucoup de difficultés à me concentrer car la sollicitation est permanente. Elle est très représentative de l’affluence. Je mesure l’écart qu’il y a depuis mon départ où je croisais personne. Depuis Puente la Reina, progressivement, et plus particulièrement depuis Sarria, l’affluence est croissante. Je m’en préserve le soir en évitant de m’arrêter dans de grandes villes étapes. Le matin, je ne peux pas éviter la foule. Elle se dilue au fil de la journée car je marche lentement et je m’arrête pour peindre. Environ une heure par aquarelle. Alors que nombreux sont ceux qui arrivent à l’étape vers 15h, j’arrive vers 17h parfois 19h. Je n’ai jamais réservé mon lit. J’ai toujours eu une place. En haute saison, j’aurai du « booker » pour ne pas dormir à la belle étoile.

A l'aquarelle, l'aquarelliste domine le paysage, une succession de vallée d'où monte la brume. On devine les sommets des coteaux qui s'estompent dans le ciel en s'éloignant. En premier plan, la bordure d'un sentier délimitée par une vieille clôture en fils barbelés
Arzúa (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 26 octobre 2017

En entrant dans cette forêt, la perspective me fait craquer. Tant pis pour le dérangement. Je me mets à même le sol. Je profite d’une vue plongeante sur les deux haies de chênes qui encadrent le sentier forestier. Derrière cette barrière végétale, il y a une forêt d’eucalyptus qui embaume. Aujourd’hui, à nouveau, je ne peins que deux aquarelles. Je suis victime de l’empreinte urbaine. Je suis à l’entrée de Santiago. Il y a beaucoup de monde. Le refuge est désagréable. Nous sommes entassés. Il manque un peu d’humanité. Je ne croise personne que je connaisse. Au restaurant, je n’ai pas envie de manger en tête-à-tête avec mon ombre. Je m’impose à une table. Elle est occupée par une Irlandaise. Comme moi, elle est seule. Nous échangeons beaucoup notamment autour du questionnement personnel, une des principales motivations de nombreux marcheurs.

A l'aquarelle, un sentier s'enfonce de face dans un bois. On ne voit que la base des arbres, les troncs et quelques feuillages.
Salceda (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 26 octobre 2017