Etape 44

  • 25 octobre
  • 23,6 km
  • Palas del ReiCastañeda

Le grenier à grains trône au milieu de Leboreiro. Il est entretenu comme une pièce de musée. Il m’interpelle car il me rappelle ceux que j’ai vus au Burkina Faso dans les années 2010. A cette époque, je ne voyageais pas avec mes pinceaux. Depuis, je l’ai souvent regretté. C’est le second grenier à grains ayant ce type d’architecture que je rencontre en Galice. L’autre est entre Ligonde et Portos. Il est à l’abri des regards dans la cour d’une ferme. J’ai tenté de le prendre en photo mais j’étais à contre-jour. Celui-là est éclairé par le soleil. Non loin, un banc public me tend les bras. Je m’y installe. Je peins alors que le défilé des marcheurs est permanent. Que de monde !

A l'aquarelle, au centre, un grenier à grains. Il est rond, posé sur un socle carré. Il est recouvert d'une toiture de paille tenue par un lacet qui serpente sur toute la hauteur du toit. Derrière, une maison basse avec une toiture de tuiles ocre. Sur la gauche, un portail à deux battants dans les tonalités de vert
Lebroreiro (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 25 octobre 2017

Depuis quelques villages, je rajoute les eucalyptus au panel des essences que je croise. Des forêts entières d’eucalyptus et avec elles, une nouvelle senteur se diffuse. La formule humoristique de Georges me revient en mémoire. J’ai un regret : « Dommage que l’aquarelle ne laisse pas passer les odeurs ! » En anglais, je suis abordée par une japonaise. Elle fait partie d’un voyage organisé. Avec son petit groupe, elle marche 15 km par matinée. L’après-midi est  consacrée aux visites. Le soir, l’hébergement est en hôtel. Tous semblent satisfaits de leur formule touristique. Ils n’arrêtent pas de prendre des photos. Ils s’éparpillent dans tous les sens. Leur guide, un espagnol, les attend avec une certaine indifférence voire une grande lassitude.

A l'aquarelle, une forêt d'eucalyptus croquée de face
Melide (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 25 octobre 2017

De nouveau, je choisis de m’arrêter dans un petit hameau, à Castañeda. C’est le seul hébergement alentour. Nous sommes peu nombreux. Dans la cour, un grenier à grains. Je m’installe face à lui. Je suis à l’abri du passage. Il est tard, peu de monde circule. Le gros de l’affluence a continué sa route vers les deux villes suivantes. Je rencontre un Français, Philippe, et un Suisse, Bernard. Ils marchent ensemble depuis quelques étapes. Cela fait quelques jours que je n’ai pas parlé français. Nous faisons table commune et échangeons autour de notre expérience en cours. Pour eux deux, elle prend fin dans deux jours. Pour moi, dans cinq jours. Je prends conscience que je suis dans le compte à rebours.

A l'aquarelle, de face, un petit grenier à grain, posé sur deux pierres taillée. les parois sont en bois, la toiture en tuiles rouges. Il est à l'abri d'une plante grimpante qui prend appui sur un piquet de métal sur la gauche du grenier
Castañeda (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 25 octobre 2017
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Etape 43

  • 24 octobre
  • 30 km
  • MercadoiroPalas del Rei

L’albergue ne sert le petit déjeuner qu’à 8h. Avec mes colocataires de la nuit, Regina et Pary, nous estimons que c’est un peu tard. A 7h30, éclairées par la lampe frontale de Pary, nous partons. Nous prendrons une collation plus loin. Le ciel est dégagé. Nous apprécions la beauté du plafond étoilé. Quand l’aube se lève, de petites mers de nuages remontent du fond des différentes vallées de Galice. Pary est émerveillée. La Californie ne lui offre pas ce type de spectacle. Le paysage ressemble à une estampe japonaise. Un peu plus tard dans la matinée, chacune adopte son propre rythme. Je marche près de 20 km avant de pouvoir m’arrêter. Je suis sur une crête. Je me crois sur le toit de la Galice. La vue est superbe mais très ventée.

A l'aquarelle, vue sur la plaine...
Hospital da Cruz (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 24 octobre 2017

En redescendant, je croise de nombreuses essences d’arbres. Nombre d’entre eux sont âgés : des châtaigniers, des chênes ou des hêtres. Leur puissance discrète force le respect. Ce matin, j’ai traversé une petite zone incendiée. Il y en avait quelques uns âgés mais brûlés. Cela m’a retournée, mon estomac s’est noué. Quel gâchis !

J’ai prévu de m’arrêter à Portos, une petite auberge en pleine campagne. Il est 17h. Je suis accueillie par une porte close. Dessus, un petit panneau : « Fermé ».  Je suis contrariée. Je n’ai pas le choix. Je reprends la marche pour une gosse heure sans croiser âme qui vive. Palas del Rei est à 5 km. Quand j’arrive, la ville est animée, elle dispose nombreux refuges. Tout le flot de pèlerins de ce matin doit être là et je suis une des dernières à être accueillie dans l’un d’entre eux. Ce soir, je n’ai pas le temps de peindre ma troisième aquarelle…

A l'aquarelle, gros plan sur un arbre. L'ensemble du trouc, puis le début des branchages parsemé de petits ensembles de feuilles aux tonalités vertes. Le tronc est au centre, il prend le tiers de la feuille.
Ligonde (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 24 octobre 2017

Etape 42

  • 23 octobre
  • 20 km
  • San Mamede do CamiñoMercadoiro

Depuis Puente la Reina, je qualifie le Chemin d’autoroute du pèlerin. Mais, là, après Sarria, je ne sais plus quel dénominateur utiliser. Il y a encore plus de monde. Il y a de nombreux groupes, aux caractéristiques de troupeaux. Ils avancent sans un regard autour d’eux. Ils semblent quasiment indifférents au reste du monde. Le Chemin est devenu bruyant, tumultueux. Mais il est vivant. Cette affluence dans un environnement rural est assez surréaliste.

Je découvre les greniers à grains typiques de la Galice. Ils sont nombreux. Celui de Leda est immense. Il a la particularité d’être dans un champs dont l’accès s’ouvre sur la petite route que je sillonne. Je pousse la grille d’un vieux portail. Il n’est pas fermé. Je m’assieds à la base d’un muret, au pied d’un pommier bien garni. Ainsi isolée, je suis légèrement à l’abri des regards de la foule de marcheurs. Quelques malins en profitent. Ils pénètrent dans le champ pour cueillir une belle pomme rouge. Je retrouve Regina. Elle marche avec Pary, une Californienne. Hier après-midi, elles ont eu un coup de pompe. Elles se sont arrêtées juste avant San Mamede do Camiño.

A l'aquarelle, un grenier à grains typique de la Galice. Il est posé sur 4 pieds en pierres, alignés à égale distance sous la longueur du grenier. Ce dernier est habillé de lates en bois, verticales peintes en rouge. Sur la gauche, 2 arbres maquent son départ. sur la droite, un début de champs.
Leda (Lugo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 23 octobre 2017

La campagne est verte, très boisée. Les parcelles agricoles ne sont pas grandes. Elles sont délimitées par des haies de pierres ou par des taillis. Les clôtures sont encore artisanales. Les portails également apportant un charme singulier au paysage. Il y a de nombreuses essences dont beaucoup de châtaigniers. Depuis la montée vers El Cebreiro, les bogues jonchent le sol. Régulièrement, je croise des ramasseurs. Ils sont repérables : un seau ou un panier sous le bras, des gants de caoutchouc épais aux mains. Bizarrement, aucune albergue a inscrit la châtaigne à son menu.

A l'aquarelle, un champs fermé dans le fond par deux murets de pierre qui se succèdents, puis une haie d'arbres. En premier plan, à l'entrée du champs, sur la gauche, un petit massif d'herbes. Sur la droite, une barrière en bois
Ferreries (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 23 octobre 2017

J’ai un nouveau coup de coeur. A Mercadoiro, l’auberge est à l’écart d’un village, seule, en pleine campagne. Ici, tout est calme. Etant donné que je me suis déjà arrêtée deux fois pour peindre, la foule du matin s’est estompée. Apparemment, elle est plus attirée par le gros bourg qui est à 5 km. Arrivée à l’accueil, je suis surprise. Il y a Regina et Pary qui prennent leur lit, alors que je ne les ai pas vues depuis Leda. Nous sommes presque synchronisées. Nous sommes peu nombreux. En dehors de Regina, Pary et moi, il y a une Danoise, un Anglais, un couple d’Australiens et une jeune Allemande.

A l'aquarelle, de face, une bâtisse sur le mur de laquelle, une flèche jaune, caractéristique du Chemin, est peinte, pointe vers la gauche. En premier plan, un chemin passe, il descend. Sur le mur porteur repose une petite construction de type cellier. La toiture et la petite façade sont arrondies sur l'angle gauche. Côté droit, la végétation semble prendre appui sur le mur principal ouvert sur l'étage de deux fenêtres.
Mercadoiro (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 23 octobre 2017

Etape 41

  • 22 octobre
  • 22,5 km
  • Fonfría – San-Mamede

Enfin, le soleil ! Au départ de Fonfría, à 1250 m, il gèle à peine. Au fil de la descente et du lever du jour, la température remonte. Les odeurs, endormies par le mauvais temps, explosent. Des senteurs de pins sur les hauteurs, puis d’humus en sous bois, un vrai régal pour mes sens qui sont en alerte. Plus bas, dans la plaine, le Chemin serpente entre des murets ou à flancs de coteaux. Une nouvelle fois, j’ai la sensation de retrouver mes racines, celles du Béarn mais en plus rurales. Le tracé traverse des fermes. Certains villages ou hameaux ont leur chaussée en terre battue. Les animaux de basse-cour sont en liberté. Je m’arrête devant une poule. Elle promène ses huit poussins. Je suis sous le charme de la petite famille.

A l'aquarelle, un sentier barré par une simple barrière de bois faite d'une branche d'arbre. A gauche elle est posée sur un muret de pierre. A droite, elle prend appui au pied d'un arbre.
Triacastela (Lugo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 20 octobre 2017

En Galice, il n’y a plus d’effluves de moutons. Une odeur que je retrouve régulièrement depuis Jaca. Pourtant, je croise rarement les troupeaux. Par contre, ils laissent trace de leur passage sur le sol. A Furela, ma route surplombe des parcelles, toutes séparées par des haies ou des murets. En contre-bas, en second plan, des moutons paissent. Je m’installe sur la hauteur pour les poser sur mon carnet.

A l'aquarelle, deux champs se suivent, séparés par un muret de pierres, posées sur la tranche. Le premier champs est vert, fermé sur la gauche par un grillage tenu par des piquets de bois. Derrière, plus loin, un gros arbre au feuillage vert / jaune. Derrière, le second champ à l'herbe jaunie. Derrière, un bois aux feuillages ocre
Furela (Lugo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 20 octobre 2017

 

Soudain, sortant d’un enclos, un berger arrive. Il conduit un troupeau de vaches à longues cornes. Il le fait entrer dans le terrain du premier plan, juste sous mes pieds. Alors je délaisse le croquis des moutons, que j’ai en partie esquissé, pour saisir les vaches avant qu’elles ne repartent. Elles viennent boire. 1/2 h plus tard, deux vaches sont immortalisées. Je reviens à mon premier croquis mais les montons ne m’ont pas attendue. Ils ont disparu. Concentrée sur les vaches, je ne m’en suis même pas aperçue. Alors, je les oublie. je pose les couleurs sur l’esquisse. Je ne reviendrai pas avec une aquarelle de moutons… Si, j’en ai quand même une, celle réalisée à Santa Cilia de Jaca.

A l'aquarelle, deux vaches à très longues cornes en forme de lyre. Leur robe est rousse. Sur la gauche, la vache est de profil. Sur la droite, elle est de dos
Furela (Lugo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 20 octobre 2017

Je fais la dernière escale de la journée à San Mamede do Camiño. Une Allemande, Regina, rencontrée hier à Fonfría, m’en a fait l’éloge alors que ce matin nous faisions une partie de la descente ensemble. Implantée en pleine nature, l’albergue est attirante. Je n’ai aucune difficulté à être conquise par la vue et sa perspective d’autant que la ville qui suit est Sarria. Cette dernière est à 100 km de Santiago. Elle attire foule de pèlerins qui font juste les 100 derniers kilomètres exigés pour avoir la Compostela. Malgré ses fortes recommandations, Regina n’est pas là. Dans le dortoir, je retrouve entre autres : Louisa, Gudrun ainsi que Henri, sans sa maman. Ils n’avancent pas au même rythme… Ce soir, y a également une invasion d’Italiens. Ils sont une bonne douzaine répartis sur 4 groupes…

A l'aquarelle, un paysage légèrement vallonné. Une suite de parcelles se succèdent et se fondent à l'horizon. Elles sont séparées par des haies basses et arborées. Les tonalités sont dans les vert et ocre
San Mamede do Camino (Lugo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 20 octobre 2017

Etape 40

  • 21 octobre
  • 22,9 km
  • RuitelanFonfría

Depuis la traversée des Pyrénées, je n’ai pas affronté une telle montée. Cependant, elle est moins longue que celle du col du Somport. Elle me convient bien. Ce matin, l’air est froid, 6°, et humide. Régulièrement, il y a des averses. Pour peindre, ce n’est pas l’idéal. Pour marcher, ça l’est. Bien protégée, j’attrape de sacrées suées. Sous mes protections anti-pluie, je suis trempée par ma transpiration. Alors quand, au profit d’une éclaircie, je m’assieds à flanc de montagne à 1330 m d’altitude, je n’ai pas conscience de mon état. Quand je me relève, le soleil a disparu. Je suis frigorifiée. Je claque des dents. Sous mon anorak, l’humidité de mes vêtements s’est refroidie. Mon corps également. Mes muscles sont douloureux. J’ai l’onglet aux mains et aux pieds… Heureusement, O Cebreiro est à proximité. Je rentre dans un bar. Pour la première fois depuis mon départ, je m’offre un plat chaud à midi. Après ce bon remontant, je repars affronter le froid avec plaisir. Je suis reboostée.

A l'aquarelle, vue sur une succession infinie de montagnes. Les premières pentes sont vertes bordées d'arbres dont l'ombre va vers le devant. La pente descend de gauche à droite. Les autres reliefs sont moins précis allant de tonalités vertes vers des bleus pour se confondre avec le bleu noir du ciel. Dans le ciel, côté droit, les trainées de la pluie qui tombe, alors que l'ombre des arbres laisse penser que le soleil filtre.
El Cebreiro (El Bierzo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 21 octobre 2017

Avec le vent froid, les risques d’averse, je n’arrive pas à m’arrêter. Le ciel est chargé, les éclaircies sont rares. Je fais une tentative alors que Fonfría est à moins d’un kilomètre. J’ai choisi d’y faire escale pour la nuit. La pluie m’interrompt. Aujourd’hui, le parapluie ne suffit pas à protéger mon dessin. Alors que je range mon sac à dos, j’entends un bruit de fond qui s’amplifie. Je reconnais l’intonation de chants et de paroles. C’est une procession d’une vingtaine d’hommes, coiffés d’un Borsalino couleur crème et au faciès latino-américain. A la tête de la troupe, un homme lit des textes ou entonne des chants religieux. A sa suite, le reste du groupe reprend. Les voix sont fortes. Le rythme des pas est soutenu. Cette exubérance de foi n’empêche pas l’un d’entre eux de me frôler indélicatement de très prés.

A l'aquarelle, un sentier par de toute la largeur de a feuille pour rétrécir et disparître à mi hauteur dans l'horizon en tournant vers la gauche. Il est bordé de buissons de fougères rousses et autres végétaux aux diverses tonalités de vert et jaune. En bas de l'horizon, le ciel est bleu noir pour s'éclaircir sur le haut de la feuille.
Fonfría (Lugo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 21 octobre 2017

Etape 39

  • 20 octobre
  • 25 km
  • PierosRuitelan

En partant, je suis avertie : à la sortie de Villafranca del Bierzo, il y a deux directions pour une même destination. L’une prend les chemins de traverse par la nature, l’autre longe la route. Je fais attention. Je suis sûre d’avoir fait attention. Je ne vois pas la bifurcation qui prend les sentiers de montagne. Je ne suis pas la seule à faire cette erreur. Tous ceux qui étaient au refuge de Pieros ont loupé l’orientation. Nous longeons tous la route. Elle est très fréquentée. Heureusement, une contre-allée piétonne est aménagée derrière la glissière de sécurité. Il y a même une aire de repos pour marcheurs… Ce n’est pas idéal pour la tranquillité, mais l’intention est là : le corps peut se reposer. Des Australiens, que je croise depuis hier, trouvent le cadre très beau… Serais-je un peu trop exigeante ?

A l'aquarelle, une aire de repos pour marcheurs. Une table et deux bancs en ciment en premier plan et de profil. Derrière, une barrière de bois, et des arbres aux différentes couleurs d'automne. Sur le banc de gauche, un sac à dos bleu sur lequel sont appuyés deux bâtons de marche.
Trabadela (El Bierzo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 20 octobre 2017

Certains villages sont évités par la voie rapide. Alors, sur quelques centaines de mètres, le calme s’impose. A mon regard, le paysage s’en ressent. Il est plus beau, plus bucolique comme ce petit pont qui enjambe un ruisseau à la sortie de La  Portela de Valcarce.

A l'aquarelle, un chemin part de la droite vers la gauche. Il forme un arc de cercle et passe sur un petit pont, on voit une arche légèrement cachée par des arbres.
La Portela de Valcarce (El Bierzo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 20 octobre 2017

Le dernier village que je rejoins, Ruitelán est réduit à sa plus simple expression : un bar, une église, quelques maisons et un refuge, le tout en bordure d’une unique route encaissée.

Ce dernier est vide. J’ai l’impression que tous les marcheurs se sont arrêtés au village précédent, à Vega de Valcarce. Je n’y retrouve que Louisa. Quel contraste par rapport à hier soir. En tête à tête, nous faisons plus ample connaissance. Louisa pense poursuivre après Fisterra vers Porto. A moins de 20 ans, elle se plait dans son aventure, elle n’a pas envie de rentrer en Suède. Les deux hospitaliers nous bichonnent. Le cuisinier nous prépare un réel festin, assez inhabituel : soupe de potiron, salade variée avec beaucoup d’ingrédients et spaghettis « al pesto » cuits « aldente » ! Le menu récurrent des albergues est une soupe de lentilles (plus ou moins diluée), une salade (laitue, tomates et oignons) suivie de spaghettis trop cuits en sauce, un yaourt ou un fruit.

A deux dans le dortoir, la nuit s’annonce reposante. Le cuisinier programme d’office notre réveil en musique pour 7h45. A l’heure dite, nos yeux sont déjà ouverts. Un « Ave Maria » à forte intensité sonore nous sort de notre torpeur matinale. Il est suivi par du disco. On se croit en boîte de nuit. Notre hôte s’’étonne quand je lui demande de baisser le volume.

  • Tu n’aimes pas la musique ?
  • J’aime la musique quand elle n’écorche pas mes oreilles.
A l'aquarelle, une petite église dont le clocher mur situé au centre est caché par un branchage de hêtres. La nef par de la guauche.
Ruitelán (El Bierzo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 20 octobre 2017

Etape 38

  • 19 octobre
  • 24,4 km
  • MolinasecaPieros

Il pleut, il pleut… depuis ce matin, le plafond est bas. Je ne peux pas m’arrêter. J’attends de passer devant une petite halle ouverte, au coeur de Camponaraya pour m’installer sur un banc public, à l’abri mais en pleins courants d’air. Mon regard cible une vieille maison à l’abandon, prise en sandwich entre deux bâtiments plus modernes. La pluie redouble. Le froid me fait me lever et partir. Il me faut plus d’une heure pour me réchauffer. Je pénètre dans le vignoble du Bierzo. Tout le paysage est jaune or. Il ne manque que la lumière pour donner de l’éclat.

A l'aquarelle, une vielle maison de ville à un étage, prise en tenaille par deux maisons de ville modernes. Elle a au rez de chaussé une porte de garage en bois rouge, une petite fenêtre sur le côté gauche. A l'étage, deux portes fenêtre de bois bancales donnent sur un balcon de bois vieillot. La toiture est en ardoise et semble recouverte de mousse.
Camponaraya (El Bierzo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 19 octobre 2017

Malgré l’absence de soleil, que le paysage est beau. Il oscille entre des camaïeux de jaune, de rose et de vert pomme. Le tout sur un fond de terre rouge. L’automne réussit à cette région. Une habitante de Camponaraya a conversé quelques moments avec moi. Elle m’a avertie :

– Le vignoble est petit mais splendide. Tu vas voir, il devrait très bien convenir pour ta peinture.

Elle a eu raison de me mettre en alerte. Dès que je peux, qu’il ne pleut plus, je sors mes pinceaux. Malgré ma veille, je n’arrive à faire qu’une aquarelle. Je le regrette !

A l'aquarelle, un vignoble. En premier plan, trois pieds dans les vert / jaune. La terre est ocre rouge. En arrière plan, les rangs de vignes dessinent une colline dans les tons de vert et rose.
Camponaraya (El Bierzo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 19 octobre 2017

A la faveur d’une petite éclaircie je sors de l’auberge où j’ai pris place. Je reste optimiste et je me mets sur les hauteurs de Pieros pour profiter du paysage. Je n’ai pas trop de temps. J’ai à peine posé mon croquis que les premières gouttes se manifestent. Je suis partie sans mon parapluie. Erreur ! Quand j’arrive au refuge, il pleut à verse. Nous sommes une vingtaine, tous entassés. Les dortoirs, comme les lieux de vie sont étroits, trop étroits. Pourtant l’ambiance est bonne. Nous sommes plusieurs à nous retrouver, serrés autour d’une même table. Nous faisons une dégustation de « pipas ». Luis enseigne tout l’art de cette dégustation à savoir : comment ouvrir les graines de tournesol grillées en les pinçant sur leur tranche avec les incisives. Louisa et Gudrun apprécient la spécialité espagnole. Elles s’en amusent. Wolfgang est plus réfractaire.

A l'aquarelle, sur la gauche, une partie de maison abandonnée et en ruine, recouverte par des végétaux. Derrière une colline dans les tons de rouge.
Pieros (El Bierzo – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 19 octobre 2017