Etape 24

  • 5 octobre
  • 25,5 km
  • Villafranca Montes de OcaCardeñuela Riopico

Ce matin, le changement de décor est impressionnant. Je ne longe plus de route à grande vitesse. Je traverse une forêt de chênes, puis de pins jusqu’à San Juan de Ortega. Je me sens un peu chez moi, entre Béarn et Landes. La route est encore un peu présente. C’est un bruit de fond plus ou moins audible. Quand, il disparaît complètement, je m’assieds à l’orée de la forêt de pins. Alors que je dessine, je respire l’odeur des pins à plein poumon.

A l'aquarelle, vue de face, la lisière d'une forêt de pins. Seule la partie base est peinte. Au milieu des troncs, un jeune pin amène une tonalité verte sur une ensemble ocre / orange
San Juan de Ortega (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017

Contrairement aux forêts de chênes ou de pins, les champs de tournesols ne ressemblent en rien à ceux du Béarn. Dans ma région, les fleurs sont immenses. Séchées, elles sont tellement lourdes de graines que les tiges, qui les portent, cassent sous leur poids. Ici, les fleurs sont rachitiques. Dans le paysage aride, elles s’accordent parfaitement. Le soleil, qui plonge sur elles, les ramène un peu à la vie. Il leur apporte un éclairage particulier en irisant leurs bruns.

A l'aquarelle, un chemin par du premier plan vers le fond à droite. Sur la gauche, il dessine la lisière d'une champ de tournesols grillés, sur 3 rangs. Côté droite, le chemin est bordé d'une clôture abimée : piquets de bois et fils barbelés
Altapuerta (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017

Cardeñuela Riopico n’est pas très loin. Je suis encore en rase campagne, pourtant l’empreinte urbaine est bien présente. Au loin, les éoliennes marquent tous les sommets espagnols de l’Aragon à la Navarre puis à la Galice. Une vraie blessure dans le paysage. Le décor industriel est renforcé par l’amoncellement d’antennes sur une hauteur, juste au dessus d’une carrière… Ce paysage me ramène directement dans la réalité de notre siècle : l’exploitation de la nature au profit d’enjeux économiques.

A l'aquarelle, le paysage industriel semble être à perte de vue. En horizon, les éoliennes. Devant, une carrière surmontée à droite par plusieurs antennes posées à flanc de colline
Cadeñuela Riopico (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017

En cheminant, je passe devant l’entrée de Villalval pour rejoindre Cardeñuela Riopico. J’arrive au gîte à 17h. Quand l’hospitalier voit mes aquarelles du jour, il reconnaît tous les sites peints. Il s’enthousiasme. Il me parle de la fontaine de Villalval qui est sur le sceau qu’il appose sur les credentials. Pour lui, je ne peux pas poursuivre ma route sans la dessiner. Il est insistant. Il propose de m’y conduire en voiture et de venir m’y rechercher. Je cède sous l’enthousiasme de ses propos :

– La plus ancienne de la région, précise t-il.

J’ai envie de découvrir cette fontaine romane. Il m’y dépose vers 17h30. On convient de 18h30 pour le retour. Il m’oublie. A 19h, en servant le repas aux autres, il s’aperçoit qu’il manque une personne. Il me retrouve sur la route : depuis 10mn, lasse de l’attendre, je rentre à pieds.

A l'aquarelle, une fontaine. En premier plan gauche, le canal encadré par des pierres de taille. Il part vers le fond sur la droite. Fond barré par l'entrée de la fontaine, entrée faite de pierres posées comme une voute romane. Derrière la première voute, une seconde.
Villalval (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017
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Etape 23

  • 4 octobre
  • 17,3 km
  • Villamayor del RioVillafranca Montes de Oca

Tout le tronçon met mes nerfs à rude épreuve. Je longe toujours la N120. Même en partant de bonne heure, avant 8h du matin, la circulation est intense. Le brouillard s’est également imposé. Dès qu’il se lève pour laisser place au soleil, je me pose sous les rayons pour me réchauffer un peu et pour peindre. Aujourd’hui, j’ai froid. Depuis la traversée des Pyrénées, c’est la première fois que je sors ma doudoune en cours de marche. Celle-ci a de multiples fonctions : pull, veste d’appoint, coupe-vent… Je la mets directement par dessus ma chemise de coton. Je n’ai rien d’autre pour me tenir chaud et elle remplit parfaitement son rôle.

A l'aquarelle, un chemin part de la droite vers la gauche pour tourner vers la droite et se perdre dans un bosquet d'arbres de diverses essences (plusieurs volumes et différentes tonalités : rouge, jaune or, vert pale, vert foncé...) Sur la ligne d'horizon, de la gauche descentes des collines qui se perdent derrière le bosquet.
Tosantos (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 4 octobre 2017

Une heure plus tard, je l’ôte. Le soleil domine. Je reste en chemise de coton à manches longues. Elle me préserve du soleil ou des insectes et me protège des petites fraicheurs. Assistée de la doudoune, je n’ai pas besoin de plus. Ma garde-robe est réduite au minimum pour pallier au poids des carnets de dessin. Je suis partie de Lescar avec 8 blocs de près de 300 grammes chacun.

Dans le petit village de Villambistia, un lieu d’accueil apporte un peu de repos aux oreilles. La terrasse est large, bien exposée, ouverte sur la campagne et elle tourne le dos à la route que je retrouve immédiatement après.

A l'aquarelle, de la droite à mi hauteur, une pente descend vers la gauche et s'arrête à un tiers. Cette ligne marque un premier champs. Sur sa crête légèrement à droite, un petit cabanon avec à l'entrée gauche, deux petits arbres. derrière, la colline
Villambistia (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 4 octobre 2017

Le refuge de Villafranca Montes de Oca a une double casquette : hôtel 3 étoiles et refuge… J’y entre par l’entrée principale, je suis impressionnée. Je ne sais pas trop quelle attitude adopter. Cette subite exposition de confort me dérange. Je n’y suis plus habituée. Mon quotidien est devenue spartiate. Après quelques minutes d’attente, je me familiarise avec le lieu, tout rentre dans l’ordre.

– Avez-vous un lit ?

– …

Sans hésitation, la standardiste « muette » prend ma credencial. Elle sort le tampon de l’hôtel et l’y appose. Egalement, à ma demande, elle le met sans sourciller au dos de mes aquarelles du jour. Plus tard, alors que je dessine l’entrée côté refuge, elle vient discuter. Elle regarde les dessins du carnet. Elle est séduite.

A l'aquarelle, un portail monumental. Les battants en bois sont ouverts. Ils sont surmontés d'une étroite toiture de tuilles. Ils ont encadrés par des rosiers aux fleurs rouges. Au delà du portail, un arbre est suggéré par son tronc
Vilafranca Montes de Oca (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 4 octobre 2017