Etape 29

  • 10 octobre
  • 26,9 km
  • Villarmentero del CampoCalzadilla de la Cueza

L’étape d’aujourd’hui est particulière. Les seize derniers kilomètres sont annoncés longs, très longs, sur une Meseta sans ombre, ni fontaine. Au vu de mon planning, je les parcourrai au moment le plus chaud de la journée. Je choisis de faire mon premier arrêt à l’entrée de cette partie car je suis encore à l’abri des peupliers. Malgo, la jeune polonaise, me rejoint. Passée l’émotion des retrouvailles, elle demande à s’assoir à mes côtés. Elle sort son pique-nique. Quelques minutes plus tard, Claire, l’irlandaise, se joint à nous. Elles font connaissance. Pendant que je peins, nous grignotons et nous papotons. Quand je finis l’aquarelle, tout le monde se lève. Nous faisons chemin commun durant un bon quart d’heure puis chacune prend son rythme, d’autant que nous sommes exposées plein soleil.

A l'aquarelle, une haie de peupliers vue de face, il y a 5 arbres au feuillage vert. Derrière, une haie arbustive à essences plus variées dont les couleurs vont du jaune au vert.
Carrión de los Condes (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 10 octobre 2017

L’environnement devient plus avare en végétation. Les champs sont labourés. Le vent qui court sur le plateau soulève la terre asséchée créant de mini-tornades de poussière. Peindre cette immensité quasiment vide me tente. Personne à l’horizon, ni devant, ni derrière. Une aire de repos pour marcheurs se présente. Elle n’est pas couverte, mais quelques bancs pour se reposer. Je m’installe à une table, je glisse mon carnet dessous pour bénéficier de son ombre. Alors que j’ai presque fini et que seule Claire m’a croisée, un petit groupe d’américains me rejoint. Il y a un tandem, Bruce et Scott, nous avons fait connaissance la veille au soir, puis Michèle. Un moment plus tard, je reprends ma marche solitaire alors qu’ils prolongent leur repos.

A l'aquarelle, le paysage plat s'étend à perte de vue. Par endroit, en lignes horizontales, des petits fragments de haies arbustives. La terre est ocre jaune à ocre rouge, brun... la ligne d'horizon se distingue mal car la terre se confond avec le ciel.
Calzadilla de la Cueza (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 10 octobre 2017

De loin, le sommet d’un clocher se lit avec de plus en plus de netteté. Il est un repère. Un phare. Un espoir. Il signale, peut-être, la présence d’un village. Sûrement la fin de l’étape. Mais aucune autre toiture ne perturbe la ligne d’horizon.  Je guette… La ligne droite paraît interminable… Brusquement, le chemin entame une descente. Le village est en contrebas, alors que la tour-clocher est isolée, posée sur un monticule. Je retrouve Claire. Plus tard, Bruce et Scott s’arrêtent également là. Le dortoir est immense. Les lits superposés sont collés les uns aux autres. La proximité est terrible. Heureusement que nous ne sommes pas en pleine saison. Les couchages supérieurs sont vides. Malgré mon arrivée tardive, 17h, j’ai un lit en rez-de-chaussée, un des derniers. Ce soir, je dine avec Claire, Bruce et Scott. Les trois marchent pour des motivations différentes. Claire fait le chemin par fragment de 15 jours par an. Elle en est à son avant dernier tronçon. L’an prochain, elle envisage de terminer le Camino Francés avec son papa de 80 ans. Elle en parle déjà avec beaucoup d’amour. Scott, approximativement du même âge que l’irlandaise, a une vie professionnelle très intense. Il est en quête de tranquillité. Quand il est seule, par le biais d’une oreillette, il écoute de la musique classique. Son épouse doit le rejoindre à Compostelle. Bruce est retraité depuis quelques années. Il a vu le film «The Way ». Il a une motivation plus intime. Son épouse est très malade, il est en quête de sens.

A l'aquarelle, au sommet d'une colline dont la terre est ocre rouge, une tour clocher carrée s'élève. A sa base, elle se prolonge vers la droite par un petit muret qui se termine par une petit bâtiment bas carré. Ce dernier et la tour clocher ont une toiture à 4 pentes en tuile de couleur de la terre. Derrière le muret, des 4 cypres vert foncé.
Calzadilla de la Cueza (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 10 octobre 2017
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Edition d’un carnet d’aquarelles

COUV face A
« Sur le Chemin… », carnet d’aquarelles, page de couverture, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, 2018

Bonjour,

Il y a un an, sac sur le dos, je fermais la porte de mon domicile pour partir sur le Chemin de Compostelle avec deux objectifs très précis :

– rejoindre la fin des terres en Espagne,

– peindre à l’aquarelle tout au long de mon cheminement.

Pari tenu en 50 jours, 144 aquarelles et plus de 1000 km !

Pour moi, le Chemin de Compostelle est avant tout un espace de liberté et de rencontres : rencontre avec soi, rencontre avec les autres et leurs cultures, rencontre avec la nature…

Souhaitant prolonger et partager cette expérience, en février dernier, j’ai ouvert ce blog,

Puis, cette aventure a pris la forme d’un ouvrage. Mis en page par mes soins, il présente l’intégralité des aquarelles accompagnées de quelques courts textes.

Pour m’aider à éditer l’ouvrage, je vous invite à soutenir son impression en suivant le lien sur la plateforme Leetchi : Carnet d’aquarelles

Pour éditer 100 ouvrages, j’ai besoin de 2500 €. Si vous m’accorder une cagnotte supérieur, j’éditerai plus d’ouvrages, pour que vous receviez tous votre/vos ouvrage(s).

Un grand merci à vous.

Buen Camino !

page 12 du carnet d'aquarelles présente les aquarelles de Estialescq et de Goès
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 12, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018
Extrait du carnet d'aquarelles, l'aquarelle de Castiello de Jaca est en plein page
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 21, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018
Carnet d'Aquarelles, page 22, Jaca
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 22, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018
Carnet d'Aquarelles, page 48, les deux aquarelles de Najera
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 48, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018
Carnet d'Aquarelles, page 61, les deux aquarelles de l'Ermita San Nicolás
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 61, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018
Carnet d'Aquarelles, page 100, aquarelle pleine de page de la Playa de Estorde, site écrit sur le bas de l'aquarelle en noir bordé de blanc. Sur la gauche écrit dans la largeur de l'aquarelle, camino a finisterre de couleur bleu
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 100, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018

Etape 28

  • 9 octobre
  • 26,1 km
  • Ermita San NicolásVillarmentero de Campos

Après la traversée désertique d’un autre plateau de la Meseta, à la sortie de Boadilla del Camino, je tombe en extase devant une allée de peupliers qui borde des fossés d’irrigation. De l’eau ! Sous le feu du soleil, les arbres aux feuilles jaunes sont très lumineux. Ils éclairent tout l’environnement. L’enfilade d’arbres se poursuit jusqu’à Frómista. Les fossés deviennent des canaux. Je les longe. La marche prend une tournure très agréable. J’apprécie ce petit havre de fraicheur. A l’entrée de Frómista, un jeu d’écluses amène un peu d’animation. Passé la ville, de nouveau une contre-allée rectiligne. Elle colle à une voie rapide et est bruyante. Elle est dénuée de toute ombre.

A l'aquarelle, une allée de peupliers, sur la gauche, elle part quasi rectiligne vers le fond. Sur la droite, elle part de la bordure droite du dessin pour rejoindre l'allée gauche en profondeur. Côté droit, les peupliers ne sont présents qu'à mi-allée. Sur le droit les champs sont mordorés, bordés à l'horizon d'arbres aux couleurs d'automne. L'ombre des peupliers de gauche se reporte sur le chemin, parallèle à la ligne d'horizon.
Boadilla del Camino (Burgos – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 9 octobre 2017

Depuis plus d’une heure, j’avance sur une ligne droite sans fin. Le soleil est au zénith. Oh, miracle ! Un bosquet. Je le repère de loin. Automatiquement, je sais que je vais m’y installer. Il n’est pas clôturé alors je m’y engouffre avec frénésie. L’ombrage est léger mais efficace. Dessous, il y fait bon. J’en profite pour sortir mon atelier ambulant. Je préfère peindre sous le couvert des arbres que en pleine canicule. Depuis deux jours, je dessine essentiellement sous le soleil. L’exercice est dur pour le corps et plus particulièrement pour mes yeux qui doivent lutter contre la violence de la réverbération des feuilles blanches. Egalement, la luminosité déforme ma perception de l’intensité des couleurs posées sur le papier. Souvent, je m’oriente pour me protéger. Parfois, ce n’est pas possible. Là, je n’ai aucun problème de la sorte. L’ombre diffuse des arbres est une belle alliée.

A l'aquarelle, une hétraie. Plusieurs arbres, éclairés par le soleil, leur ombre est légère. La terre est ocre, le ciel n'est pas visible. Le feuillage est vert jaune.
Villarmentero de Campos (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 9 octobre 2017

Sur le plateau, l’albergue, avec ses deux tipis, se repère de loin. Ces derniers ne font pas partie de l’architecture véhiculée par le Chemin. Après une nuit dans un bâtiment historique, la fantaisie exprimée si ouvertement m’attire. Quel contraste ! L’accueil est à l’image du site. Les hospitaliers sont joyeux. Heureux de tout. Leur sourire semble imprimé sur leur visage… Je suis accueillie par une effusion d’embrassades. Lors de mon installation, le dortoir est vide. Avec Claire, une irlandaise croisée une première fois à Hontanas, nous ne sommes que deux. J’apprécie. Je ne sors pas mes bouchons d’oreilles. La nuit promet d’être reposante.

A l'aquarelle, deux tipis, de toile blanche, sont posés sur le sol, l'un à gauche, l'autre au centre du dessin. En premier plan, sur la droite, deux oies grises au bec orange. Dans l'alignement du tipi central, un peuplier ferme l'aquarelle sur la droite. Derrière les tipis, la ligne d'horizon est marquée par une haie arbustive. Le ciel est pâle.
Villarmentero de Campos (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 9 octobre 2017

Etape 27

  • 8 octobre
  • 19,1 km
  • HontanasErmita San Nicolas

Des Américains du Minnesota partent à 6 h. Ils adorent marcher de nuit et dans la fraîcheur. Ils viennent d’une région froide. Malgré leur discrétion, ils réveillent tout le dortoir. De mon côté, même si j’ai les yeux ouverts, je m’octroie une petite grasse matinée, je me lève à 6h30. La canicule est annoncée, alors je pars à la fraîche. Je m’arrête quand le soleil commence à chauffer. Je trouve un peu d’ombre. Je suis à la sortie de Castrojeriz. Le sentier passe au dessus d’un marais grâce à un ouvrage surélevé. La plupart des marcheurs ne le remarquent pas. Ils l’empruntent sans le voir. Pour une fois, je sors du tracé. Je m’éloigne de 10 petits mètres pour bénéficier d’une vue sur la perspective et sa succession d’arches.

A l'aquarelle, deux marcheurs (une femme pull bleu en tête, suivie d'un homme à casquette rouge et pull vert kaki, tous les deux un sac sur le dos et des bâtons de marche) sont sur un pont dont 5 arches romans sont visibles. Dessous, des chardons et autres végétaux poussent. La terre est ocre.
Castrojeriz (Burgos – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 8 octobre 2017

Sur les différents documents consultés, l’Ermita San Nicolas ferme dès l’arrivée des premières pluies, fin septembre. Cette année, les prémices de l’automne se font attendre sur la Meseta. A cette période, nous devrions évoluer dans le mauvais temps, le froid voire la neige… Changement climatique ? Du fait du temps, les hospitaliers italiens prolongent exceptionnellement l’ouverture jusqu’au 12 octobre. J’ai entendu parler de ce lieu d’exception. Sans hésiter, alors qu’il est tôt dans l’après-midi, 14h30, je m’arrête. Je demande à y dormir. Pour passer le temps, je peins. La jeune Polonaise, Malgo arrive en fin d’après-midi. Je l’ai perdue de vue depuis notre pause partagée à l’entrée de Cirauqui. Nous sommes contentes de nous revoir. Ce soir, nous partageons la soirée avec deux Italiens dont un prêtre, un Espagnol, une Polonaise, une Néerlandaise, un Hongrois et une Française, moi.

A l'aquarelle, les parements d'un bâtiment de pierre, avec au centre, un contrefort. Les arcs de fenêtres murées sont arrondis.
Ermita San Nicolas (Burgos – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 8 octobre 2017

A la tombée du jour, le prêtre-pèlerin propose un office religieux auquel je ne me rends pas. Le repas suit autour d’une immense table éclairée à la bougie. Il n’y a pas d’électricité. Fait rare, les hospitaliers partagent le diner, qu’ils ont cuisiné pour nous, avec nous. Ils sont d’une très grande générosité. Ils s’intéressent à chacun, ne portent aucun jugement. Il n’y a aucun tarif, l’accueil est « donativo ». Chacun donne la somme qu’il veut ou qu’il peut pour l’hébergement comme pour la table. Entre le poids de l’histoire inscrit dans les murs et l’éclairage à la lueur des chandelles, le magie opère. En fin de repas, les hospitaliers sortent une guitare. Malgo, qui a quelques connaissances musicales, est chaleureusement invitée à nous régaler de ses talents. Intimidée, tremblotante, elle interprète deux balades polonaises avec une infinie douceur. Dehors, le ciel nous offre une voûte étoilée très pure. La nuit est exceptionnelle !

A l'aquarelle, la façade principale de l'Ermitage San Nicolas. Au centre une porte encadrée par un voûtement d'arc en ogive. A la droite de la porte, un banc sur lequel deux personnes sont assises. De la toiture, on ne voit que la bordure en tuiles ocres. La perspective par vers le fond, de la droite vers la gauche.
Ermita San Nicolas (Burgos – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 8 octobre 2017

 

Etape 26

  • 7 octobre
  • 21,3 km
  • TardajosHontanas

Je pars alors qu’il fait encore nuit. Je sais que la pleine lune domine la Meseta. Evoluer silencieusement dans un tel environnement m’émeut. La luminosité de l’astre se reflète sur le sentier de cailloux blancs. Sa fade blancheur renforce la sérénité du lever du jour. Il se déroule lentement alors que la lune refuse de se coucher. Sur la crête qui me fait face, je surprends deux chevreuils qui s’enfuient. Leurs silhouettes s’effacent progressivement dans l’immensité désertique. Suis-je la première à ouvrir le défilé des marcheurs du jour ?  Après la fraicheur matinale, la température se réchauffe. Je me rends compte que je ne suis plus seule. Nombreux sont ceux qui ont une allure plus soutenue que la mienne, j’avance au rythme de la tortue me référant souvent à la fable de La Fontaine.

A l'aquarelle, un sentier part de la droite vers la gauche. Il est bordé d'herbes sêches. Au fond, il semble tourner autour d'un massif d'herbes grillées, brunes
Hornillos del Camino (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 7 octobre 2017

Je suis séduite voire envoûtée par le plateau que je traverse. Il semble désertique alors que presque toutes les terres sont moissonnées. il reste quelques rares champs de tournesols très chétifs qui finissent de sécher. Quelques tracteurs rappellent que ces terres sont occupées. Ils circulent. Ils labourent. Ils soulèvent la poussière. La Meseta est bien vivante. Le sentier est large, damé, rectiligne. Je pose un pied devant l’autre . L’horizon qui paraît proche s’éloigne.

A l'aquarelle, un chemin part tout droit vers le lointain légèrement vallonné. La terre est ocre. En premier plan à droite, un massif de pierre tombe en bordure du chemin. Au pied, un arbrisseau. Sur la gauche du chemin, des tournesols séchés.
San Bol (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 7 octobre 2017

Prise dans une sorte de torpeur, je suis surprise d’arriver. Je pense être à San Bol. Après renseignements, San Bol est un simple lieu-dit loin derrière. Je m’en souviens très bien. Je n’ai pas réagi alors que je passais à côté. Là, à Hontanas, je retrouve entre autres de vieilles connaissances. Je ne les ai pas vues depuis quelques jours. Autour d’une table, elles prennent un rafraichissement. Il y a : Michèle, l’Américaine, Andrea, l’Italien, et Monty. Ils choisissent de poursuivre leur périple sur 10 km encore et me proposent de partir avec eux. Les 20 km du jour sont une bonne distance pour moi. Je préfère me poser et réaliser une dernière aquarelle que je n’aurai pas le temps de peindre si je les suis. Je marche moins vite qu’eux.

Ce soir, je partage la table avec 5 jeunes Italiens, Claire, une Irlandaise, et d’autres. Le refuge semble plein.

A l'aquarelle, quelques toitures du village. Elles sont couleur terre et dominées par le clocher de l'église à deux cloches. En fond, le chemin s'enfonce dans la colline puis l'horizon.
Hontanas (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 7 octobre 2017

Etape 25

  • 6 octobre
  • 24,4 km
  • Cardeñuela Riopico – Tardajos

Vive le macadam ! L’étape la plus terrible depuis mon départ. Je fais quelques kilomètres sur le bas côté de la route, aucun tracé n’est aménagé. Puis viennent les trottoirs de la zone industrielle, de la zone commerciale et de la ville. Il y a de quoi être écoeurer de la marche. Heureusement, la beauté du centre historique, l’architecture en dentelle de la cathédrale, l’ensemble sous l’éclairage du soleil fait tout oublier. Par contre, le vent souffle. Burgos est à plus de 800 m d’altitude. Il y fait froid. Après quelques arrêts, je m’oriente vers la sortie de la ville. Elle est plus agréable que l’entrée. L’allée de platanes se situe aux abords de l’Université. Qu’elle est belle avec sa tenue automnale !

A l'aquarelle, une allée de platane. L'entrée prend la lageur de la feuille et par sur la droite. Le feuillage est dans les oranges. A gauche, longeant l'allée, on devine un vieux bâtiment aux fenêtres très étroites
Burgos (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 6 octobre 2017

Face à moi, la Meseta. Demain, je l’affronte. Certains me disent que sa traversée est terrible tellement le paysage est monotone. D’autres vantent la magie de ce haut plateau qui s’étire de Burgos à León.

En attendant, je partage le petit dortoir avec un Canadien, Monty, et un Russe, au prénom imprononçable et impossible à mémoriser. Le premier tentera de me faire adhérer à une église qui prône une vision très mystique du Chemin, sans succès. Le second pratique la marche nordique à grande vitesse, plus de 40 km par jour. Il adore se « défoncer » dans l’effort physique. Du fait de sa rapidité, il se permet de très longs arrêts touristiques ou gastronomiques.

A l'aquarelle, une vaste étendue dans les tons d'ocre rouge. Sur le premier plan à droite, un massif d'herbes oscille du vers au doré en passant par le violine
Tardajos (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 6 octobre 2017

Pour la première fois depuis mon départ, à Tardajos, nous avons un lit avec des draps. Nous disposons même de serviettes de bain. Nous ne sommes pas insensibles à ce petit déploiement de confort. Ce soir, le sac de couchage et le drap de bain restent au fond du sac à dos. Quel luxe !

Etape 24

  • 5 octobre
  • 25,5 km
  • Villafranca Montes de OcaCardeñuela Riopico

Ce matin, le changement de décor est impressionnant. Je ne longe plus de route à grande vitesse. Je traverse une forêt de chênes, puis de pins jusqu’à San Juan de Ortega. Je me sens un peu chez moi, entre Béarn et Landes. La route est encore un peu présente. C’est un bruit de fond plus ou moins audible. Quand, il disparaît complètement, je m’assieds à l’orée de la forêt de pins. Alors que je dessine, je respire l’odeur des pins à plein poumon.

A l'aquarelle, vue de face, la lisière d'une forêt de pins. Seule la partie base est peinte. Au milieu des troncs, un jeune pin amène une tonalité verte sur une ensemble ocre / orange
San Juan de Ortega (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017

Contrairement aux forêts de chênes ou de pins, les champs de tournesols ne ressemblent en rien à ceux du Béarn. Dans ma région, les fleurs sont immenses. Séchées, elles sont tellement lourdes de graines que les tiges, qui les portent, cassent sous leur poids. Ici, les fleurs sont rachitiques. Dans le paysage aride, elles s’accordent parfaitement. Le soleil, qui plonge sur elles, les ramène un peu à la vie. Il leur apporte un éclairage particulier en irisant leurs bruns.

A l'aquarelle, un chemin par du premier plan vers le fond à droite. Sur la gauche, il dessine la lisière d'une champ de tournesols grillés, sur 3 rangs. Côté droite, le chemin est bordé d'une clôture abimée : piquets de bois et fils barbelés
Altapuerta (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017

Cardeñuela Riopico n’est pas très loin. Je suis encore en rase campagne, pourtant l’empreinte urbaine est bien présente. Au loin, les éoliennes marquent tous les sommets espagnols de l’Aragon à la Navarre puis à la Galice. Une vraie blessure dans le paysage. Le décor industriel est renforcé par l’amoncellement d’antennes sur une hauteur, juste au dessus d’une carrière… Ce paysage me ramène directement dans la réalité de notre siècle : l’exploitation de la nature au profit d’enjeux économiques.

A l'aquarelle, le paysage industriel semble être à perte de vue. En horizon, les éoliennes. Devant, une carrière surmontée à droite par plusieurs antennes posées à flanc de colline
Cadeñuela Riopico (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017

En cheminant, je passe devant l’entrée de Villalval pour rejoindre Cardeñuela Riopico. J’arrive au gîte à 17h. Quand l’hospitalier voit mes aquarelles du jour, il reconnaît tous les sites peints. Il s’enthousiasme. Il me parle de la fontaine de Villalval qui est sur le sceau qu’il appose sur les credentials. Pour lui, je ne peux pas poursuivre ma route sans la dessiner. Il est insistant. Il propose de m’y conduire en voiture et de venir m’y rechercher. Je cède sous l’enthousiasme de ses propos :

– La plus ancienne de la région, précise t-il.

J’ai envie de découvrir cette fontaine romane. Il m’y dépose vers 17h30. On convient de 18h30 pour le retour. Il m’oublie. A 19h, en servant le repas aux autres, il s’aperçoit qu’il manque une personne. Il me retrouve sur la route : depuis 10mn, lasse de l’attendre, je rentre à pieds.

A l'aquarelle, une fontaine. En premier plan gauche, le canal encadré par des pierres de taille. Il part vers le fond sur la droite. Fond barré par l'entrée de la fontaine, entrée faite de pierres posées comme une voute romane. Derrière la première voute, une seconde.
Villalval (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017