Etape 26

  • 7 octobre
  • 21,3 km
  • TardajosHontanas

Je pars alors qu’il fait encore nuit. Je sais que la pleine lune domine la Meseta. Evoluer silencieusement dans un tel environnement m’émeut. La luminosité de l’astre se reflète sur le sentier de cailloux blancs. Sa fade blancheur renforce la sérénité du lever du jour. Il se déroule lentement alors que la lune refuse de se coucher. Sur la crête qui me fait face, je surprends deux chevreuils qui s’enfuient. Leurs silhouettes s’effacent progressivement dans l’immensité désertique. Suis-je la première à ouvrir le défilé des marcheurs du jour ?  Après la fraicheur matinale, la température se réchauffe. Je me rends compte que je ne suis plus seule. Nombreux sont ceux qui ont une allure plus soutenue que la mienne, j’avance au rythme de la tortue me référant souvent à la fable de La Fontaine.

A l'aquarelle, un sentier part de la droite vers la gauche. Il est bordé d'herbes sêches. Au fond, il semble tourner autour d'un massif d'herbes grillées, brunes
Hornillos del Camino (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 7 octobre 2017

Je suis séduite voire envoûtée par le plateau que je traverse. Il semble désertique alors que presque toutes les terres sont moissonnées. il reste quelques rares champs de tournesols très chétifs qui finissent de sécher. Quelques tracteurs rappellent que ces terres sont occupées. Ils circulent. Ils labourent. Ils soulèvent la poussière. La Meseta est bien vivante. Le sentier est large, damé, rectiligne. Je pose un pied devant l’autre . L’horizon qui paraît proche s’éloigne.

A l'aquarelle, un chemin part tout droit vers le lointain légèrement vallonné. La terre est ocre. En premier plan à droite, un massif de pierre tombe en bordure du chemin. Au pied, un arbrisseau. Sur la gauche du chemin, des tournesols séchés.
San Bol (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 7 octobre 2017

Prise dans une sorte de torpeur, je suis surprise d’arriver. Je pense être à San Bol. Après renseignements, San Bol est un simple lieu-dit loin derrière. Je m’en souviens très bien. Je n’ai pas réagi alors que je passais à côté. Là, à Hontanas, je retrouve entre autres de vieilles connaissances. Je ne les ai pas vues depuis quelques jours. Autour d’une table, elles prennent un rafraichissement. Il y a : Michèle, l’Américaine, Andrea, l’Italien, et Monty. Ils choisissent de poursuivre leur périple sur 10 km encore et me proposent de partir avec eux. Les 20 km du jour sont une bonne distance pour moi. Je préfère me poser et réaliser une dernière aquarelle que je n’aurai pas le temps de peindre si je les suis. Je marche moins vite qu’eux.

Ce soir, je partage la table avec 5 jeunes Italiens, Claire, une Irlandaise, et d’autres. Le refuge semble plein.

A l'aquarelle, quelques toitures du village. Elles sont couleur terre et dominées par le clocher de l'église à deux cloches. En fond, le chemin s'enfonce dans la colline puis l'horizon.
Hontanas (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 7 octobre 2017
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Etape 25

  • 6 octobre
  • 24,4 km
  • Cardeñuela Riopico – Tardajos

Vive le macadam ! L’étape la plus terrible depuis mon départ. Je fais quelques kilomètres sur le bas côté de la route, aucun tracé n’est aménagé. Puis viennent les trottoirs de la zone industrielle, de la zone commerciale et de la ville. Il y a de quoi être écoeurer de la marche. Heureusement, la beauté du centre historique, l’architecture en dentelle de la cathédrale, l’ensemble sous l’éclairage du soleil fait tout oublier. Par contre, le vent souffle. Burgos est à plus de 800 m d’altitude. Il y fait froid. Après quelques arrêts, je m’oriente vers la sortie de la ville. Elle est plus agréable que l’entrée. L’allée de platanes se situe aux abords de l’Université. Qu’elle est belle avec sa tenue automnale !

A l'aquarelle, une allée de platane. L'entrée prend la lageur de la feuille et par sur la droite. Le feuillage est dans les oranges. A gauche, longeant l'allée, on devine un vieux bâtiment aux fenêtres très étroites
Burgos (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 6 octobre 2017

Face à moi, la Meseta. Demain, je l’affronte. Certains me disent que sa traversée est terrible tellement le paysage est monotone. D’autres vantent la magie de ce haut plateau qui s’étire de Burgos à León.

En attendant, je partage le petit dortoir avec un Canadien, Monty, et un Russe, au prénom imprononçable et impossible à mémoriser. Le premier tentera de me faire adhérer à une église qui prône une vision très mystique du Chemin, sans succès. Le second pratique la marche nordique à grande vitesse, plus de 40 km par jour. Il adore se « défoncer » dans l’effort physique. Du fait de sa rapidité, il se permet de très longs arrêts touristiques ou gastronomiques.

A l'aquarelle, une vaste étendue dans les tons d'ocre rouge. Sur le premier plan à droite, un massif d'herbes oscille du vers au doré en passant par le violine
Tardajos (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 6 octobre 2017

Pour la première fois depuis mon départ, à Tardajos, nous avons un lit avec des draps. Nous disposons même de serviettes de bain. Nous ne sommes pas insensibles à ce petit déploiement de confort. Ce soir, le sac de couchage et le drap de bain restent au fond du sac à dos. Quel luxe !