Etape 20

  • 1er octobre
  • 16,5 km
  • NavarreteNájera

Il tombe quelques gouttes. Sûrement celles que j’ai guettées hier. Après deux heures de marche, je vois un kiosque en bois. Je m’y mets à l’abri. Santosa, le village qui me fait face est noyé dans le brouillard. Un homme âgé, coréen, et son accompagnatrice font de même. Depuis quelques jours, je croise également un vieux monsieur français, Georges, qui va sur ses 90 ans. Chaque fois que je le vois, nous échangeons quelques mots. Il clame ses idées très fort. Il interpelle tous ceux qu’il croise. Il cherche un auditoire. Je partage ses valeurs. Ce jour, nous débattons autour des bienfaits de la marche. et de son apport au corps et à l’âme : elle libère le cerveau. Elle propose un lien avec la nature très intéressant. En ayant les deux pieds bien campés sur la terre, elle recrée des racines entre l’homme et son environnement. C’est pour cela que Georges marche. Depuis quelques mois, il est plongé dans l’écriture d’un ouvrage, il a besoin de mettre ses idées au clair.

A l'aquarelle, en premier plan sur la moitié gauche, une homme est assis sous un abri de bois. Il porte un chapeau de style asiatique. Dans son dos, au milieu d'une colline une petite église dans le brouillard.
Santosa (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 1er octobre 2017

Autour de ce sujet, hier soir, une marcheuse m’a posée une question intéressante : 

– Sais-tu pourquoi tu marches ?

Je n’ai pas pu lui répondre. Depuis, la question trotte dans ma tête. Je pense qu’elle ne va pas me lâcher de si tôt. Ma seule certitude : je suis heureuse de marcher, je suis heureuse de peindre. Les deux me réussissent bien !

Les vignobles sont toujours présents. Ils s’étendent à perte de vue sur les pentes de petits vallons. Les feuillages proposent de jolis camaïeux de vert ou de jaune rehaussés par l’ocre rouge de la terre dont l’intensité varie en fonction de l’humidité. Les couleurs ressortent d’autant que le ciel est sombre comme aujourd’hui. Je m’habitue à ce ciel menaçant qui n’explose pas. Cet après-midi, une Mexicaine native d’Allemagne, Almuth, me tient compagnie. Nous nous croisons souvent depuis Puente la Reina. Elle aime flâner. Là, elle est extrêmement fatiguée, elle a envie de dormir. Il est vrai que les nuits en refuge ne sont pas de tout repos surtout lorsque leur capacité d’accueil dépasse les 8 personnes par dortoir. Les uns ronflent, d’autres toussent, certains se lèvent régulièrement… Je lui propose de faire une petite sieste à mes côtés pendant que je dessine. 

– Je surveille tes affaires. Tu peux dormir tranquille !

Elle acquiesce. Elle s’installe un peu en retrait du Chemin. Quand elle se réveille, j’ai fini mon aquarelle. Nous repartons, chacune à notre rythme.

A l'aquarelle, un vignoble aux ceps petits, trapus, feuillage vert s'étire vers l'horizon. En fond, d'autres vignobles sous un ciel noir.
Nájera (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 1er octobre 2017

Je m’arrête à l’entrée de Nájera dans le premier refuge que je rencontre. Il y a toujours beaucoup de monde alors je n’attends pas le prochain pour demander une place d’autant que j’arrive tard. J’ai peur de ne pas avoir de lit mais le lieu est presque vide. Après m’être installée, je m’assieds à l’entrée. Il passe encore quelques rares marcheurs, des «retardataires » comme moi. La ville est vivante. La circulation intense. Par l’hospitalier qui me tient compagnie quelques instants, j’apprends que le refuge est nouveau. Lui et son amie ont fait le Chemin. A leur retour, ils ont voulu devenir accueillants. Ils se sont adressés à l’association des hospitaliers d’Espagne qui leurs a proposés d’ouvrir ce gîte. Depuis, ils vivent ici.

A l'aquarelle, en premier plan au centre, une table en aluminium avec deux chaises à accoudoirs. Arrive de la droite, un homme avec un bâton et un sac à dos de couleur orange. En second plan, sur la gauche, la partie avant d'une voiture qui semble tourner autour d'un rond point. Sur l'autre chaussée, en face, à la droite, un arbre au feuillage rouge foncé. Sur la gauche, un arbre au feuillage vert/jaune. Entre les deux, le lampadaire sur lequel est posé le balisage européen du Chemin. Derrière, un bâtiment couleur terre.
Nàjera (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 1er octobre 2017
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Etape 19

  • 30 septembre
  • 21,5 km
  • VianaNavarrete

Dans le dortoir de huit lits superposés, nous sommes réveillés à 6h. Un Coréen a eu la bonne idée de mettre l’alarme. Elle réveille tout le monde sauf lui !… C’est une jeune Allemande excédée qui se lève pour l’éteindre. Trop tard, je suis réveillée. Quand je quitte le refuge, il fait nuit noire. Ce n’est pas un problème. Quand je laisse Viana et son éclairage public derrière moi, le jour se lève. La pluie se met à tomber. Elle me suit jusqu’à l’entrée dans Logroño où je m’assieds pour me reposer après trois heures de marche. Le Chemin est toujours mouillé. Je m’isole du sol humide en m’installant sur ma veste imperméable. Finalement, je ne résiste pas, je sors mon atelier d’artiste.

A l'aquarelle, sur la gauche en premier plan un olivier domine un petit relief qui descend. En bas, tout au fond, une ville est suggérée
Logroño (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 30 septembre 2017

Logroño est très agréable. L’entrée comme la sortie sont aménagées pour le marcheur. La dernière touche urbaine de la ville attire mon oeil de peintre : un bâtiment industriel aux tonalités bleu-vert. A prime abord, je suis surprise par la couleur, je la trouve de mauvais goût. A y regarder plus longuement, mon avis évolue. La couleur se fond dans le paysage, le bâtiment disparaît dans la végétation. Au premier regard, mon oeil, peu habitué à voir cette couleur sur les façades, a eu une réaction négative. Maintenant, j’apprécie. Mon analyse semble juste. Au cours de la soirée, ceux qui demandent à voir les aquarelles du jour ne se souviennent pas du bâtiment qui, pourtant, est immensément long.

A l'aquarelle, en premier plan, les bords d'une pelouse vert pomme. Derrière, sur la gauche une petite haie derrière laquelle émerge un bâtiment vert fondé et un lampadaire. En fond, sur la droite du bâtiments, une haie de peuplier et une terre rouge
Logroño (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 30 septembre 2017

A l’entrée de Navarrete, le ciel est à nouveau menaçant. Je suis persuadée qu’il va pleuvoir. Je peins en gardant un oeil rivé vers les nuages. Il est 15h, je sais que je suis arrivée. Je peux bien prendre quelques gouttes sur la tête. Du coup, je prends plaisir à défier le temps et encore plus à peindre les vignobles du Rioja que je traverse depuis plusieurs jours. Les ceps sont petits et trapus, à l’opposé de ceux du vignoble du Jurançon auxquels mon regard est plus habitué. Finalement, il ne pleut pas.

A l'aquarelle, en premier plan des ceps de vignes dont la teinte commence à virer vers le jaune. En fond, le village de Navarreta est accroché à mi-pente d'une colline sur son flanc gauche. Le ciel est de plomb.
Navarrete (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 30 septembre 2017

Les rues de Navarrete sont étroites. Parsemées de nombreux bâtiments abandonnés, elles semblent empreintes de mystère. Dès l’entrée, les vestiges d’un ancien hôpital pour pèlerins donnent la tonalité. Alors que je vise le pas d’une porte, je demande à deux passantes âgées si je peux rester à cet endroit. Elles rient de bon coeur. L’une répond :

– La maison est inoccupée, personne ne va sortir par la porte. Elle ouvre sur rien. Regarde, c’est une ruine !

Puis elle se tourne vers sa copine :

  • Depuis quand cette maison est à vendre ?
  • Je ne me souviens plus, il y a tellement longtemps !
A l'aquarelle, de gauche à droite, l'alignement de maisons de village. Elles sont étroites et possèdent deux étages. Au premier étage, des balcons en fer forgé.
Navarrete (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 30 septembre 2017