Etape 19

  • 30 septembre
  • 21,5 km
  • VianaNavarrete

Dans le dortoir de huit lits superposés, nous sommes réveillés à 6h. Un Coréen a eu la bonne idée de mettre l’alarme. Elle réveille tout le monde sauf lui !… C’est une jeune Allemande excédée qui se lève pour l’éteindre. Trop tard, je suis réveillée. Quand je quitte le refuge, il fait nuit noire. Ce n’est pas un problème. Quand je laisse Viana et son éclairage public derrière moi, le jour se lève. La pluie se met à tomber. Elle me suit jusqu’à l’entrée dans Logroño où je m’assieds pour me reposer après trois heures de marche. Le Chemin est toujours mouillé. Je m’isole du sol humide en m’installant sur ma veste imperméable. Finalement, je ne résiste pas, je sors mon atelier d’artiste.

A l'aquarelle, sur la gauche en premier plan un olivier domine un petit relief qui descend. En bas, tout au fond, une ville est suggérée
Logroño (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 30 septembre 2017

Logroño est très agréable. L’entrée comme la sortie sont aménagées pour le marcheur. La dernière touche urbaine de la ville attire mon oeil de peintre : un bâtiment industriel aux tonalités bleu-vert. A prime abord, je suis surprise par la couleur, je la trouve de mauvais goût. A y regarder plus longuement, mon avis évolue. La couleur se fond dans le paysage, le bâtiment disparaît dans la végétation. Au premier regard, mon oeil, peu habitué à voir cette couleur sur les façades, a eu une réaction négative. Maintenant, j’apprécie. Mon analyse semble juste. Au cours de la soirée, ceux qui demandent à voir les aquarelles du jour ne se souviennent pas du bâtiment qui, pourtant, est immensément long.

A l'aquarelle, en premier plan, les bords d'une pelouse vert pomme. Derrière, sur la gauche une petite haie derrière laquelle émerge un bâtiment vert fondé et un lampadaire. En fond, sur la droite du bâtiments, une haie de peuplier et une terre rouge
Logroño (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 30 septembre 2017

A l’entrée de Navarrete, le ciel est à nouveau menaçant. Je suis persuadée qu’il va pleuvoir. Je peins en gardant un oeil rivé vers les nuages. Il est 15h, je sais que je suis arrivée. Je peux bien prendre quelques gouttes sur la tête. Du coup, je prends plaisir à défier le temps et encore plus à peindre les vignobles du Rioja que je traverse depuis plusieurs jours. Les ceps sont petits et trapus, à l’opposé de ceux du vignoble du Jurançon auxquels mon regard est plus habitué. Finalement, il ne pleut pas.

A l'aquarelle, en premier plan des ceps de vignes dont la teinte commence à virer vers le jaune. En fond, le village de Navarreta est accroché à mi-pente d'une colline sur son flanc gauche. Le ciel est de plomb.
Navarrete (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 30 septembre 2017

Les rues de Navarrete sont étroites. Parsemées de nombreux bâtiments abandonnés, elles semblent empreintes de mystère. Dès l’entrée, les vestiges d’un ancien hôpital pour pèlerins donnent la tonalité. Alors que je vise le pas d’une porte, je demande à deux passantes âgées si je peux rester à cet endroit. Elles rient de bon coeur. L’une répond :

– La maison est inoccupée, personne ne va sortir par la porte. Elle ouvre sur rien. Regarde, c’est une ruine !

Puis elle se tourne vers sa copine :

  • Depuis quand cette maison est à vendre ?
  • Je ne me souviens plus, il y a tellement longtemps !
A l'aquarelle, de gauche à droite, l'alignement de maisons de village. Elles sont étroites et possèdent deux étages. Au premier étage, des balcons en fer forgé.
Navarrete (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 30 septembre 2017
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Etape 18

  • 29 septembre
  • 19,5 km
  • Los ArcosViana

Pour la première fois depuis fort longtemps, le ciel est dégagé dès l’aube. Quand je quitte Los Arcos, le soleil est rouge. Il se projette dans le ciel face à lui. Malgré l’humidité, je m’installe en lui tournant le dos pour saisir sa couleur qui se reflète sur le désert et l’horizon. Je suis entièrement sous le charme de ce paysage nu, tellement expressif. Les champs sont moissonnés, déjà labourés. Beaucoup de monde passe devant moi, tous pressés. Parmi eux, les Siciliens. Ils ne me voient pas. C’est leur comportement qui attire mon attention. Je les observe. Ils m’impressionnent. Les quatre sont en ligne, bien droit dans leurs chaussures. Ils occupent toute la largeur de la voie. Ils avancent à bonne cadence et semblent se concentrer sur leur marche. Leurs pas sont rapides presque en rythme comme une troupe de régiment réduite. Des Siciliens !

A l'aquarelle, le ciel prend des tonalités de rose qui se retrouvent sur les vallons. La panorama offre un espace quasi désertique dans les ocres en premier plan. Il tend vers les roses sur la ligne d'horizon.
Los Arcos (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 29 septembre 2017

Maintenant que le flot des marcheurs est passé, je peins en toute tranquillité. L’environnement retrouve sa quiétude. Au loin, le petit village de Sansol a l’air de s’inscrire dans le prolongement du plateau désertique. Il n’en est rien. Pour y arriver, je suis une route dont la montée est raide dans le dernier kilomètre. A la sortie du village, elle redevient sentier. Depuis quelques étapes, certains marcheurs me saluent en français. Je ne les ai jamais rencontrés mais une information circule de refuge en refuge : une Française peint. Je suis une « célébrité » inscrite dans la rubrique « insolite » du Chemin. Depuis que j’ai rallié l’autoroute des pèlerins à Puente La Reina, je suis régulièrement apostrophée pour montrer mes aquarelles.

A l'aquarelle, panorama quasi désertique aux tonalités d'ocre. Sur la ligne d'horizon quelques arbres. Derrière, sur la gauche, la silhouette d'un village.
Los Arcos (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 29 septembre 2017

Au bout du sentier, l’Ermita del Poyo apparaît soudainement. Il est caché derrière des bosquets. Pour me préserver du soleil, je reste à l’abri des arbres. Si le soleil cogne tout autour, il fera bon pique-niquer à l’ombre de ses murs. Après le dessin, je m’y pause pour une petite restauration frugale : banane, pomme et fruits secs. En règle générale, c’est mon régime alimentaire du midi. Je prends toujours un petit déjeuner costaud. Le soir, le diner est toujours très copieux.

A l'aquarelle, le chemin du premier plan file à travers des massifs végétaux. Il s'oriente vers la droite. En fond, il semble passer devant un bâtiment surmonté d'un clocher et c'une croix. Il est en partie cachée par les arbres. Sur la droite, derrière les premiers arbrisseaux, un massif de hauts cèdres.
Ermita del Poya (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 29 septembre 2017

J’évolue en rase campagne depuis plus d’une heure. Un ronronnement se fait entendre au loin. Plus j’avance, plus son volume grossit. Il perturbe le cadre, vide de toute empreinte urbaine. Un panneau affiche des tarifs de consommation. Mon cerveau réagit. Quel gâchis ! Une « casita » en plein désert. Le bruit est celui du groupe électrogène. En terrasse, il y a du monde. Je suis carrément dégoûtée. Aucun respect pour la nature. Pourtant, je demande à m’assoir pour peindre sans consommer. J’ai l’accord du propriétaire qui semble flatté par ma démarche. Mais, il n’attend pas la fin de l’aquarelle pour fermer boutique. Evidemment, je suis encore dans les derniers à passer par là. Il ne va plus avoir de clients d’ici la fin de journée. Dans la soirée, je le croise dans les rues du Viana. Il prend l’aquarelle en photo.

A l'aquarelle, sous un massif d'abris (des pins), une casita, petite cabane. En premier plan, deux personnes assises, entre elles une table. En fond, contre la caste, un vélo est appuyé.
Viana (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 29 septembre 2017

Etape 17

  • 28 septembre
  • 27,4 km
  • VillatuertaLos Arcos

Quand je m’assieds au milieu des vignes, je ne sais pas qu’il y a une fontaine à vin juste en face du clocher du monastère de Irache. Nous connaissons tous son existence, mais de là à la positionner avec exactitude… La plupart gouttent le vin. Beaucoup vident leur gourde de l’eau pour la remplir de vin du Rioja. 

– Un petit coup de tonus  ! me dit gaiement Andrea, un Italien dont je fais la connaissance plus tard dans l’après-midi. 

En attendant, la vue a attisé ma curiosité. Ce matin, la brume se lève sur un ciel de plomb, assez lourd. Le contraste entre l’horizon et la vigne est saisissant. Le ciel est rehaussé par le jaune or des ceps et le noir des grappes.

A l'aquarelle, légèrement au centre gauche, une tour-cloché carrée émerge de la végétation aux couleurs automnales. En premier plan légèrement sur la droit, deux ceps de vignes au feuillage or et aux grappes brun violet
Monastère d’crache (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 28 septembre 2017

En fin de matinée, le ciel est toujours bas. Le jeu des lignes horizontales avec différentes tonalités d’ocre jaune éclaire un paysage pris dans les nuages. Le soleil lutte pour filtrer. Il finit par l’emporter. Alors que je réalise l’aquarelle, il fait 11°. Deux heures plus tard, par un ciel totalement dégagé, la température monte à 27°. Je traverse Villamayor de Monjardín et constate que le flot des marcheurs diminue fortement. Après deux arrêts dessins, je suis à la traine. Je croise d’autres personnes qui, comme moi, prennent leur temps. Jusqu’à l’arrivée à Compostelle, j’adopte ce rythme. Il m’offre des rencontres intéressantes. Les routes se croisent et se décroisent. Aux haltes du soir, je retrouve certaines rencontres de la journée. Nous nous reconnaissons. Nous nous mettons ensemble pour le repas.

A l'aquarelle, une superposition de lignes horizontales allant de droite à gauche légèrement vers le bas. Au dessus, de petites haies d'arbres or, rouille ou vert . En fond, une colline est suggérée, son sommet se perd dans les nuages
Villamayor de Monjardin (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 28 septembre 2017

En début d’après-midi, exténuée par la marche et le poids de la chaleur, je m’assieds. Depuis un moment, j’espère un peu d’ombre, en vain ! L’endroit est désertique. Le soleil est de face. Le vent domine le silence. Les marcheurs sont peu nombreux. Un cycliste s’arrête. Essoufflé, il reste à mes côtés quelques minutes. J’engage la conversation. Il est Argentin. Aujourd’hui, il rêve d’un plat pays où il n’aurait plus de côtes à monter. Quelques instants après son départ, un marcheur photographe le remplace. Il fait quelques clichés. Il se présente : Andrea, l’Italien de la fontaine à vin. Il demande s’il peut s’assoir à mes côtés. Nous sommes silencieux. Nous écoutons le langage de la nature. C’est beau. Puis, il s’en va. Ce moment  est simple. Il m’apporte beaucoup de bonheur.

A l'aquarelle, les champs s'enfoncent dans l'horizon barré par une colline arborée. Un chemin fait de même, il est emprunté par deux silhouettes de marcheurs. Les couleurs ocres rouges de la terre domine alors que des sapins sont dans les verts foncés
Los Arcos (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 28 septembre 2017

A Los Arcos, je retrouve Andrea alors que je m’apprête à sortir diner seule. Il m’invite à une « spaghetti-partie » cuisinée par des Siciliens au refuge communal. Ce soir, je suis de sortie. A 20h30, les quatre Siciliens quittent la table. Trois d’entre-eux partent se coucher. Andrea discute avec passion avec le quatrième. J’en profite pour les laisser. Je rentre, à 21h30, je suis au lit.

Etape 16

  • 27 septembre
  • 19,9 km
  • ObanosVillatuerta

En traversant Puente la Reina, j’entre dans une nouvelle dimension. Il y a beaucoup de monde qui marche vers Compostelle. Adieu les longues marches solitaires. Le ciel est couvert mais par moment le soleil perce. Dès la sortie de la ville, le Chemin évolue, il monte à travers les collines. Les couleurs sont éclatantes. Les pins présentent de jeunes pousses vert vif. La terre est ocre rouge. Des buissons aux dominantes de bleu alternent avec des asters jaunes. Comme à mon habitude, je déballe mon matériel à même le Chemin. J’oublie de prendre en compte la foule, les marcheurs me doublent. Certains sont curieux, d’autres s’exclament sur l’aquarelle ou sur l’incongruité de la situation… Ils prennent des photos. Ils me parlent en anglais, en espagnol… Je n’arrête pas d’être bousculée et surprise.

A l'aquarelle, un sentier monte entre deux versants de collines, il est dans les tonalités de bleu. A gauche, sur la hauteur, il est bordé par une haie de pins. Le flanc de colline est ocre.
Puente la Reina (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 27 septembre 2017

En poursuivant, sur le coteau qui me fait face Cirauqui est éclairé par un unique rayon de soleil qui agit comme un spot. Il illumine de son halo le petit village. Je m’installe. A nouveau, les marcheurs s’arrêtent, me posent des questions, prennent des photos… Je suis une attraction et toujours pas de français mais de belles rencontres : un Brésilien, des Australiens, des Américains, des Canadiens, des Italiens, des Coréens. Malgo me rejoint. Elle me tient compagnie un moment, prend des photos, se transforme en impresario puis elle poursuit son Chemin. Finalement, une fois que le gros des troupes est passé, j’arrive à retrouver un peu l’ambiance des premiers jours et à profiter du paysage.

A l'aquarelle, un paysage de vallons, en fond, légèrement à droite, une petit village dominé par son église. Le chemin est en premier plan. En sillonnant, il passe devant une vigne, une oliveraie... pour rejoindre le village. Le ciel est chargé.
Cirauqui (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 27 septembre 2017

Le pont que je passe à l’entrée de Villatuerta attire mon attention. Je suis à mon terminus. Je rejoins mon point de chute, j’y prends mes marques puis je reviens sur mes pas. Les riverains sont curieux. Je discute un peu avec eux. De retour à l’albergue, je fais connaissance avec mes colocataires du dortoir. Ce sont deux copines québécoises : Marie-Ginette et Maryse. Nous sympathisons autour d’une paella végétarienne. Quand elle est en confiance, discrètement, Maryse me confit qu’elle est kinésithérapeute. Elle propose de décongestionner ma tendinite quand nous serons dans le petit dortoir, à l’abri du regard des autres pensionnaires. Je pense qu’elle ne veut pas ébruiter sa profession afin d’éviter de se laisser déborder par les autres. En quelques massages, ma jambe désenfle, les rougeurs s’atténuent. Elle me montre les gestes à faire dans les jours suivants. Le lendemain matin, la douleur s’est déplacée. Je marche mieux. En fin d’après-midi, la tendinite n’est presque qu’un vieux souvenir…

A l'aquarelle, un pot de pierre traverse à double arches semi-circulaires, une rivière encombrée de roseaux.
Villatuerta (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 27 septembre 2017

Etape 15

  • 26 septembre
  • 15,5 km
  • TiebasObanos

Je ne suis pas mécontente de quitter Tiebas. Le village est étriqué au centre d’une zone industrielle qui semble dédiée à l’extraction de matériaux de roches. Comme la veille, la première partie du tronçon est inondée du bruit des véhicules. Par contre, elle est bien damée et large. Elle est agréable pour le repos de ma tendinite. J’attends de quitter cette aire industrielle pour envisager de sortir mes pinceaux. Au loin, une tâche de couleur se dégage d’un ensemble verdâtre, une oliveraie. Un jaune flamboyant attire mon regard comme un aimant. Alors de m’installe à même le sol profitant du soleil en cette fin de matinée.

A l'aquarelle, en premier plan sur la gauche, un arbre aux camaïeux or, en face sur la droite des oliviers bleu
Olcoz (Navarre / Navarra) – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 26 septembre 2017

Quand je fais escale à Eunate, site très réputé, il n’y a pas d’autocar de touristes. Je saisis cette tranquillité pour faire le tour de la petite église. Je ne rentre pas. L’entrée est payante comme celle de beaucoup d’édifices espagnols. Je ne saisis pas cette exclusion du public. Je comprends que l’entrée des groupes de tours opérateurs soit payante, mais pas celle des visiteurs individuels ! Déçue, je poursuis. Sur les hauteurs, je me retourne pour admirer une dernière fois l’église. La vue est belle, alors je profite d’une aire de repos pour déballer mon atelier. Entre temps, l’activité touristique a repris. Les bus arrivent. Le bruit des voix des visiteurs remonte jusqu’à mes oreilles.

A l'aquarelle, au milieu d'un écrin végétal (vert foncé sur la gauche à jaune or sur la droite), la petite église d'Eunate. En arrière plan la chaine de montages
Eunate (Navarre / Navarra) – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 26 septembre 2017

Dernière étape avant l’entrée sur « l’autoroute » du Chemin, le Camino Francés. J’ai pris le parti de faire escale juste avant pour bénéficier d’un peu de tranquillité. je veux éviter de dormir dans les grands sites. Malgré tout, la taille du refuge de Óbanos fait réfléchir. Il est doté de 36 lits superposés collés-serrés dans une unique pièce… Heureusement, nous ne sommes qu’une dizaine. L’hospitalier m’invite à laisser un dessin dans son livre d’or. Je pars avec, ainsi qu’avec mon carnet d’aquarelles. Le résultat sur le livre d’or n’est pas terrible. Le papier est glacé, la peinture glisse dessus. Je fais le même motif dans mon carnet. Le résultat est à l’opposé. En fin de journée, mon regard croise celui d’une jeune polonaise, Malgo. Nous dinons ensemble. A 32 ans, elle vient de démissionner d’un travail qu’elle juge vide de sens pour partir sur le Chemin. Elle est en quête d’une nouvelle vie mais elle ne sait pas encore quelle direction prendre. Malgo est pleine de questions sans réponse.

A l'aquarelle, sur la gauche en premier plan un vélo posé contre le mur d'un édifice religieux. Sur la droite, un arbre aux feuilles rouge foncé
Obanos (Navarre / Navarra) – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 26 septembre 2017

Etape 14

  • 25 septembre
  • 13 km
  • Monreal – Tiebas

La longueur de l’étape d’hier m’a tuée. La nuit est courte. Le repos des jambes et des pieds n’a pas été suffisamment réparateur. Pour moi qui marche en canard et qui manque d’équilibre, l’étroit sentier du jour est un petit calvaire. Je manque de tomber à plusieurs reprises. Juste avant Yárnoz, un rayon de soleil apporte son éclairage sur le petit village qui est au sommet d’un coteau. Il m’offre son plus beau profil rehaussé par les premières couleurs automnales en total contraste avec le ciel orageux. Je ne résiste pas. J’ai bien raison. C’est mon seul moment de grand plaisir de la journée. En plus de la difficulté liée au terrain, les bruits urbains deviennent invasifs. Non loin, une voie à grande circulation s’exprime avec vigueur.

A l'aquarelle, sur le sommet d'une colline, dessinées de profil, quelques bâtiments. La couleur de la végétation aux couleurs dorées est rehaussée par un ciel bleu très foncé.
Yarnos (Navarre / Navarra) – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 25 septembre 2017

Je visite Tiebas, le village est bien triste. Il y fait froid, il vente et le ciel est couvert. Pourtant, j’arrive à trouver une assise à l’abri du vent face à l’entrée de l’église. Après cette séance, je retrouve le couple Wendy et Scott. Nous passons notre dernière soirée ensemble. Demain, veille de rallier Puente la Reina, nous prenons des voies différentes. Eux arrêtent là leur parcours. C’est la quatrième fois qu’ils font une partie du Chemin. Ils l’apprécient pour sa quiétude, plus encore pour ses architectures ou pour l’authenticité et la simplicité de ses rencontres. Ils n’en connaissent pas de pareil au monde. Ils reviendront.

A l'aquarelle, l'entrée d'une église. De face, le parvis couvert et ouvert par 3 arches, en arrière plan ils sont surmontés d'un clocher monumental avec 2 niches abritant les 2 cloches. Au dessus de la toiture, une troisième cloche sur un portant métallique et surmonté d'une girouette. Sur la gauche, le parvis se poursuit de façon similaire.
Tiebas (Navarre / Navarra) – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 25 septembre 2017

Etape 13

  • 24 septembre
  • 30,4 km
  • SangüesaMonreal

L’étape est longue. Avec la tendinite qui me fait toujours des misères, je marche lentement. Alors, dès le lever du jour, je pars. Entre la marche et l’aquarelle, puis la chaleur, j’estime mon arrivée vers 18h. Dès la première pause aquarelle, toute l’équipe constituée à Sangüesa passe devant moi. Ca ne me dérange pas. J’apprécie ces tête-à-tête avec la nature. J’ai l’impression de bénéficier d’un accès privilégié et exclusif. Sur les premiers plateaux traversés, je suis séduite par les premiers rayons de soleil qui éclairent les chardons secs. Je m’assieds en plein soleil. Non loin, trois petits lapins suivent mon exemple. Ils s’installent au milieu du Chemin. Dès que j’approche, ils disparaissent dans les fourrés. Quelques minutes plus tard, alors que je ne suis pas à 20 m devant eux, les revoilà. Ils reprennent leur position, sûrement impatients de se chauffer.

A l'aquarelle, en premier plan au centre des chardon brûlés par le soleil, derrière un muret de pierres plates. Sur la gauche un arbrisseau bleu
Rocaforte (Navarre / Navarra) – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 24 septembre 2017

Le guide précise que le passage des cols Alto de Aibar, puis Loiti, est venteux compte tenu de l’altitude. Aujourd’hui, il n’en ai rien. Même les éoliennes sont au ralenti. C’est jour de canicule. Le sentier est très escarpé. La montée est raide. Ces conditions n’empêchent pas les VTT de circuler. Pour passer les cols, les pilotes poussent tous leur monture. Je préfère ma situation : marcher et admirer le paysage.

A l'aquarelle, une perspective vers l'horizon qui est fermé par des sommets surmontés de éoliennes. En premier plan, des peupliers légèrement jaunis
Alto de Aibar (Navarre / Navarra) – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 24 septembre 2017

Le sentier est barré par un portillon. Je le pousse puis le referme. Je me retrouve au milieu d’un troupeau de vaches. Elles ont toutes les cornes en forme de lyre, comme les vaches béarnaises. Elles m’intimident. Je n’ai jamais été au coeur d’un troupeau. Je suis toujours restée derrière la clôture. Je ne suis pas téméraire. Je n’ose pas faire comme chez moi, ni sortir mes pinceaux, même si ça me démange. Quelques mètres plus loin, le chemin se retrouve canalisé entre la colline et une haie. Il est barré par une vache qui, à mon arrivée, se montre d’une grande indifférence. Je ne me hasarde pas à la pousser. Alors, j’opte pour la patience. Debout, je saisis mon carnet, mes pinceaux… dans l’attente qu’elle se « meuh… »

A l'aquarelle, gros plan sur une vache beige de 3/4 dos à l'ombre d'un feuillage vert
Izco (Navarre / Navarra) – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 24 septembre 2017

Ma tendinite se réveille un peu. La longueur de l’étape y est  certainement pour quelque chose. Le Chemin est en ciment blanc. Il s’étend sur des kilomètres et semble interminable. Il sillonne les vallées à travers les terres cultivées. Le paysage est splendide, il semble infini. J’arrive à 19h à Monreal après une dernière halte faite 2 km avant l’entrée dans la ville. A mon arrivée, Paolo me fait part de son inquiétude. Je suis émue de sa sincère attention. Le repas est prêt. Scott est aux fourneaux pour une de ses spécialités, une soupe. D’office, je suis mise au repos. J’ai ordre de m’asseoir et de ne plus bouger. Mais, je « dois » rendre des comptes : le groupe demande à voir les aquarelles du jour.  Demain, nous nous séparons. Paolo rentre en Italie. Les autres font des étapes de plus de trente kilomètres, comme celle d’aujourd’hui. Seuls, Wendy et Scott ont un rythme similaire au mien. Hors exception, nous marchons dans les vingt kilomètres par jour.

A l'aquarelle, paysage ouvert sur une longue plaine sillonnée de petits vallons qui se rejoignent tous au creux. Les champs sont labourés, marqués par des haies d'arbres aux premières couleurs d'automne
Monreal (Navarre / Navarra) – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 24 septembre 2017