Etape 21

  • 2 octobre
  • 15,9 km
  • NávajunCirueña

Depuis que je suis partie de Návajun, il tombe des gouttes par ci et par là. Il est midi passé quand je m’arrête. Chaque halte est propice à une aquarelle mais également au repos. Alors, je suis bien heureuse que la petite pluie fine s’estompe. Elle laisse place à quelques rayons de soleil qui assèchent le sol. Alors que je suis à peu prés au calme, un bruit de foule enfle. Il m’interpelle. Arrivent puis passent devant moi, des jeunes. Des collégiens espagnols. Ils parlent fort et avancent vite. J’ai l’impression que tout un établissement défile sous mes yeux. Le flot est ininterrompu durant un bon quart d’heure. De leur côté, les roseaux, que j’ai choisi comme modèle, ne plient pas devant l’affluence. Ils prennent vie dans tous les fossés qui entourent les champs.

A l'aquarelle, en premier plan à droite, des touffes de roseaux, les pieds dans l'eau. Du premier plan à gauche part une bordure d'herbe vert pomme qui s'éloigne pour passer derrière les roseaux. Sur la ligne horizontale du fond, d'autres bouquets de roseaux sont suggérés. En fond, les collines aux couleurs de terre rouge
Azofra (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 2 octobre 2017

Après la succession de vignobles, le paysage se transforme. La vigne se fait plus rare et laisse place à des terrains cultivés. Les champs sont labourés. La terre fraichement retournée est d’un rouge lumineux. Celle, travaillée moins récemment, est déjà plus terne. Sur ce fond chaud se greffent les premières couleurs d’automne. Le jaune est flamboyant surtout quand le soleil pointe dessus. Une riche palette de couleurs s’offre au regard qui ne se lasse pas d’une telle beauté.

A l'aquarelle, en premier plan, la terre rouge. Un petit chemin par de la droite vers la gauche. En fond, du petit chemin, une lisière d'arbres va du vert au jaune or
Cirueña (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 2 octobre 2017

Au loin, l’église semble abandonnée comme tout le village.

A l'aquarelle, une petite église au clocher carré, sans croix sur le sommet. Elle occupe moitié droite du dessin. En premier plan, une petite clôture derrière laquelle poussent quelques arbres. Le ciel est de plomb.
Cirueña (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 2 octobre 2017

Quelques instants plus tôt, l’arrivée dans Cirueña est extrêmement angoissante. Quel contraste avec la beauté de la campagne traversée. Je longe un golf, bien entretenu. Sans golfeur. Puis, je débouche sur des quartiers résidentiels neufs. Sans habitant. Les maisons, parfaitement finies, sont vides. Des quartiers à l’architecture différente se succèdent. Ils sont tous à l’abandon. Quelques rares bâtiments sont occupés… La ville est morte. Le constat est terrifiant :

– C’est une opération spéculative vouée à l’échec. Ici, il n’y a rien, pas même un bar. C’est normal que les gens ne veulent pas acheter, précise mon hôte.

A croire que l’entrée fantôme dans Cirueña a fait fuir la horde de marcheurs. Nous ne sommes que trois femmes à nous arrêter ici. Ce soir je fais la connaissance d’une américaine, Michelle, qui a démissionné de son travail pour vivre l’expérience et faire un point sur sa vie, et d’une Colombienne, Olga, qui réside en Espagne et vient sur le Chemin au rythme de 15 jours par an.

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Etape 20

  • 1er octobre
  • 16,5 km
  • NavarreteNájera

Il tombe quelques gouttes. Sûrement celles que j’ai guettées hier. Après deux heures de marche, je vois un kiosque en bois. Je m’y mets à l’abri. Santosa, le village qui me fait face est noyé dans le brouillard. Un homme âgé, coréen, et son accompagnatrice font de même. Depuis quelques jours, je croise également un vieux monsieur français, Georges, qui va sur ses 90 ans. Chaque fois que je le vois, nous échangeons quelques mots. Il clame ses idées très fort. Il interpelle tous ceux qu’il croise. Il cherche un auditoire. Je partage ses valeurs. Ce jour, nous débattons autour des bienfaits de la marche. et de son apport au corps et à l’âme : elle libère le cerveau. Elle propose un lien avec la nature très intéressant. En ayant les deux pieds bien campés sur la terre, elle recrée des racines entre l’homme et son environnement. C’est pour cela que Georges marche. Depuis quelques mois, il est plongé dans l’écriture d’un ouvrage, il a besoin de mettre ses idées au clair.

A l'aquarelle, en premier plan sur la moitié gauche, une homme est assis sous un abri de bois. Il porte un chapeau de style asiatique. Dans son dos, au milieu d'une colline une petite église dans le brouillard.
Santosa (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 1er octobre 2017

Autour de ce sujet, hier soir, une marcheuse m’a posée une question intéressante : 

– Sais-tu pourquoi tu marches ?

Je n’ai pas pu lui répondre. Depuis, la question trotte dans ma tête. Je pense qu’elle ne va pas me lâcher de si tôt. Ma seule certitude : je suis heureuse de marcher, je suis heureuse de peindre. Les deux me réussissent bien !

Les vignobles sont toujours présents. Ils s’étendent à perte de vue sur les pentes de petits vallons. Les feuillages proposent de jolis camaïeux de vert ou de jaune rehaussés par l’ocre rouge de la terre dont l’intensité varie en fonction de l’humidité. Les couleurs ressortent d’autant que le ciel est sombre comme aujourd’hui. Je m’habitue à ce ciel menaçant qui n’explose pas. Cet après-midi, une Mexicaine native d’Allemagne, Almuth, me tient compagnie. Nous nous croisons souvent depuis Puente la Reina. Elle aime flâner. Là, elle est extrêmement fatiguée, elle a envie de dormir. Il est vrai que les nuits en refuge ne sont pas de tout repos surtout lorsque leur capacité d’accueil dépasse les 8 personnes par dortoir. Les uns ronflent, d’autres toussent, certains se lèvent régulièrement… Je lui propose de faire une petite sieste à mes côtés pendant que je dessine. 

– Je surveille tes affaires. Tu peux dormir tranquille !

Elle acquiesce. Elle s’installe un peu en retrait du Chemin. Quand elle se réveille, j’ai fini mon aquarelle. Nous repartons, chacune à notre rythme.

A l'aquarelle, un vignoble aux ceps petits, trapus, feuillage vert s'étire vers l'horizon. En fond, d'autres vignobles sous un ciel noir.
Nájera (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 1er octobre 2017

Je m’arrête à l’entrée de Nájera dans le premier refuge que je rencontre. Il y a toujours beaucoup de monde alors je n’attends pas le prochain pour demander une place d’autant que j’arrive tard. J’ai peur de ne pas avoir de lit mais le lieu est presque vide. Après m’être installée, je m’assieds à l’entrée. Il passe encore quelques rares marcheurs, des «retardataires » comme moi. La ville est vivante. La circulation intense. Par l’hospitalier qui me tient compagnie quelques instants, j’apprends que le refuge est nouveau. Lui et son amie ont fait le Chemin. A leur retour, ils ont voulu devenir accueillants. Ils se sont adressés à l’association des hospitaliers d’Espagne qui leurs a proposés d’ouvrir ce gîte. Depuis, ils vivent ici.

A l'aquarelle, en premier plan au centre, une table en aluminium avec deux chaises à accoudoirs. Arrive de la droite, un homme avec un bâton et un sac à dos de couleur orange. En second plan, sur la gauche, la partie avant d'une voiture qui semble tourner autour d'un rond point. Sur l'autre chaussée, en face, à la droite, un arbre au feuillage rouge foncé. Sur la gauche, un arbre au feuillage vert/jaune. Entre les deux, le lampadaire sur lequel est posé le balisage européen du Chemin. Derrière, un bâtiment couleur terre.
Nàjera (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 1er octobre 2017