Etape 27

  • 8 octobre
  • 19,1 km
  • HontanasErmita San Nicolas

Des Américains du Minnesota partent à 6 h. Ils adorent marcher de nuit et dans la fraîcheur. Ils viennent d’une région froide. Malgré leur discrétion, ils réveillent tout le dortoir. De mon côté, même si j’ai les yeux ouverts, je m’octroie une petite grasse matinée, je me lève à 6h30. La canicule est annoncée, alors je pars à la fraîche. Je m’arrête quand le soleil commence à chauffer. Je trouve un peu d’ombre. Je suis à la sortie de Castrojeriz. Le sentier passe au dessus d’un marais grâce à un ouvrage surélevé. La plupart des marcheurs ne le remarquent pas. Ils l’empruntent sans le voir. Pour une fois, je sors du tracé. Je m’éloigne de 10 petits mètres pour bénéficier d’une vue sur la perspective et sa succession d’arches.

A l'aquarelle, deux marcheurs (une femme pull bleu en tête, suivie d'un homme à casquette rouge et pull vert kaki, tous les deux un sac sur le dos et des bâtons de marche) sont sur un pont dont 5 arches romans sont visibles. Dessous, des chardons et autres végétaux poussent. La terre est ocre.
Castrojeriz (Burgos – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 8 octobre 2017

Sur les différents documents consultés, l’Ermita San Nicolas ferme dès l’arrivée des premières pluies, fin septembre. Cette année, les prémices de l’automne se font attendre sur la Meseta. A cette période, nous devrions évoluer dans le mauvais temps, le froid voire la neige… Changement climatique ? Du fait du temps, les hospitaliers italiens prolongent exceptionnellement l’ouverture jusqu’au 12 octobre. J’ai entendu parler de ce lieu d’exception. Sans hésiter, alors qu’il est tôt dans l’après-midi, 14h30, je m’arrête. Je demande à y dormir. Pour passer le temps, je peins. La jeune Polonaise, Malgo arrive en fin d’après-midi. Je l’ai perdue de vue depuis notre pause partagée à l’entrée de Cirauqui. Nous sommes contentes de nous revoir. Ce soir, nous partageons la soirée avec deux Italiens dont un prêtre, un Espagnol, une Polonaise, une Néerlandaise, un Hongrois et une Française, moi.

A l'aquarelle, les parements d'un bâtiment de pierre, avec au centre, un contrefort. Les arcs de fenêtres murées sont arrondis.
Ermita San Nicolas (Burgos – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 8 octobre 2017

A la tombée du jour, le prêtre-pèlerin propose un office religieux auquel je ne me rends pas. Le repas suit autour d’une immense table éclairée à la bougie. Il n’y a pas d’électricité. Fait rare, les hospitaliers partagent le diner, qu’ils ont cuisiné pour nous, avec nous. Ils sont d’une très grande générosité. Ils s’intéressent à chacun, ne portent aucun jugement. Il n’y a aucun tarif, l’accueil est « donativo ». Chacun donne la somme qu’il veut ou qu’il peut pour l’hébergement comme pour la table. Entre le poids de l’histoire inscrit dans les murs et l’éclairage à la lueur des chandelles, le magie opère. En fin de repas, les hospitaliers sortent une guitare. Malgo, qui a quelques connaissances musicales, est chaleureusement invitée à nous régaler de ses talents. Intimidée, tremblotante, elle interprète deux balades polonaises avec une infinie douceur. Dehors, le ciel nous offre une voûte étoilée très pure. La nuit est exceptionnelle !

A l'aquarelle, la façade principale de l'Ermitage San Nicolas. Au centre une porte encadrée par un voûtement d'arc en ogive. A la droite de la porte, un banc sur lequel deux personnes sont assises. De la toiture, on ne voit que la bordure en tuiles ocres. La perspective par vers le fond, de la droite vers la gauche.
Ermita San Nicolas (Burgos – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 8 octobre 2017

 

Publicités

Etape 26

  • 7 octobre
  • 21,3 km
  • TardajosHontanas

Je pars alors qu’il fait encore nuit. Je sais que la pleine lune domine la Meseta. Evoluer silencieusement dans un tel environnement m’émeut. La luminosité de l’astre se reflète sur le sentier de cailloux blancs. Sa fade blancheur renforce la sérénité du lever du jour. Il se déroule lentement alors que la lune refuse de se coucher. Sur la crête qui me fait face, je surprends deux chevreuils qui s’enfuient. Leurs silhouettes s’effacent progressivement dans l’immensité désertique. Suis-je la première à ouvrir le défilé des marcheurs du jour ?  Après la fraicheur matinale, la température se réchauffe. Je me rends compte que je ne suis plus seule. Nombreux sont ceux qui ont une allure plus soutenue que la mienne, j’avance au rythme de la tortue me référant souvent à la fable de La Fontaine.

A l'aquarelle, un sentier part de la droite vers la gauche. Il est bordé d'herbes sêches. Au fond, il semble tourner autour d'un massif d'herbes grillées, brunes
Hornillos del Camino (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 7 octobre 2017

Je suis séduite voire envoûtée par le plateau que je traverse. Il semble désertique alors que presque toutes les terres sont moissonnées. il reste quelques rares champs de tournesols très chétifs qui finissent de sécher. Quelques tracteurs rappellent que ces terres sont occupées. Ils circulent. Ils labourent. Ils soulèvent la poussière. La Meseta est bien vivante. Le sentier est large, damé, rectiligne. Je pose un pied devant l’autre . L’horizon qui paraît proche s’éloigne.

A l'aquarelle, un chemin part tout droit vers le lointain légèrement vallonné. La terre est ocre. En premier plan à droite, un massif de pierre tombe en bordure du chemin. Au pied, un arbrisseau. Sur la gauche du chemin, des tournesols séchés.
San Bol (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 7 octobre 2017

Prise dans une sorte de torpeur, je suis surprise d’arriver. Je pense être à San Bol. Après renseignements, San Bol est un simple lieu-dit loin derrière. Je m’en souviens très bien. Je n’ai pas réagi alors que je passais à côté. Là, à Hontanas, je retrouve entre autres de vieilles connaissances. Je ne les ai pas vues depuis quelques jours. Autour d’une table, elles prennent un rafraichissement. Il y a : Michèle, l’Américaine, Andrea, l’Italien, et Monty. Ils choisissent de poursuivre leur périple sur 10 km encore et me proposent de partir avec eux. Les 20 km du jour sont une bonne distance pour moi. Je préfère me poser et réaliser une dernière aquarelle que je n’aurai pas le temps de peindre si je les suis. Je marche moins vite qu’eux.

Ce soir, je partage la table avec 5 jeunes Italiens, Claire, une Irlandaise, et d’autres. Le refuge semble plein.

A l'aquarelle, quelques toitures du village. Elles sont couleur terre et dominées par le clocher de l'église à deux cloches. En fond, le chemin s'enfonce dans la colline puis l'horizon.
Hontanas (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 7 octobre 2017