Epilogue

Un an après avoir écrit l’intégralité des textes de mon projet, vécu sur le Chemin de Compostelle de Lescar à Fisterra du 11 septembre au 30 octobre 2017, je reprends la plume. Cette aventure ne s’est pas arrêtée à mon retour en Béarn, elle continue de vivre en moi. Elle est le catalyseur de nombreux autres projets artistiques et humains dont vous êtes les premiers témoins en ayant pris connaissance de ce blog et en le suivant. Egalement, cet hebdomadaire m’a permis d’entretenir des amitiés nées sur le Chemin, d’en retrouver qui s’étaient éloignées avec les ans ou d’en voir émerger de nouvelles.

Ma rencontre avec les Editions Gypaète et leur invitation à aquareller les rues de Pau telles que je les ressentais découle directement de ces 2 mois passés à peindre quotidiennement mon expérience jacquaire. Durant les 6 mois qui ont suivi l’ouverture de ces pages, j’ai marché dans les rues de la cité béarnaise pour en saisir l’âme. Puis j’ai mis à profit mes compétences professionnelles pour publier un carnet d’aquarelles, livre présentant l’ensemble des dessins peints sur le Chemin. A ce titre, je suis toujours à l’écoute de propositions en vue d’une nouvelle expérience professionnelle dans le domaine de la communication, de l’animation culturelle ou plus largement une expérience qui soit compatible avec mon savoir être. Vous pouvez retrouver mon profil professionnel sur Linkedin.

Photographie, Cécile est assise à cheval sur le banc d'une table de pique-nique en bois. Elle peind. Le carnet de peinture est devant elle, puis le petite palette, puis le godet d'eau et le gourde. Elle tient un pinceau à main droite.
Cécile Van Espen réalisant une aquarelle du chevet de l’église de Sarrance, septembre 2017

L’adhésion à l’association du Refuge Saint-Jacques de Lescar et les échanges avec ses membres ou avec d’autres marcheurs résultent de mon désir de poursuivre mon Chemin. A chaque rendez-vous, pas besoin de mots pour nous reconnaître : nous nous sentons unis par une même expérience. Nous n’en parlons pas systématiquement, mais elle est là, présente avec nous.

Plus largement, je poursuis mon expérience artistique. Elle me permet de renforcer ma créativité et mon ouverture sur le monde. Egalement, je continue à aller dans le sens de valeurs qui me sont chères et qui sont très répandues sur le Chemin : celles du respect de l’Humain, de l’Environnement et du savoir-être. Dans cette optique, j’ai créé une association, Art et Environnement, dont l’objet est la sensibilisation à la préservation et à la conservation  de l’environnement, naturel ou culturel, par le biais de l’Art. Avec Cette dernière, je travaille autour d’une nouvelle aventure qui pourrait voir le jour d’ici à cet été.

Photographie, Cécile est accroupie à côté d'une borne du Chemin. Elle est de section carrée, haute (environ 1m). Sur une des faces, on voit la coquille jaune du logo européen, Cécile pose une main dessous. De l'autre main, la droite, elle se tient à son bâton de randonnée, tenant également sa casquette.
Cécile Van Espen accroupie à côté d’une borne de balisage du Chemin en Aragon

Aujourd’hui, ce blog, destiné à vous transmettre mon aventure sur le Chemin, se met en léger sommeil. J’espère pouvoir lui donner vie d’ici quelques semaines, aux beaux jours, pour de nouvelles partitions car je continue à pratiquer de concert la marche et la peinture à l’aquarelle.

Buen camino !

Photographie, au loin on devine Cécile sur un sentier qui derrière elle s'enfonce dans une oliveraie. Le sentier est à flanc de coteau qui monte sur la droite.
Cécile Van Espen sur un sentier, à l’entrée d’une oliveraie, à Olcoz

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Edition d’un carnet d’aquarelles

COUV face A
« Sur le Chemin… », carnet d’aquarelles, page de couverture, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, 2018

Bonjour,

Il y a un an, sac sur le dos, je fermais la porte de mon domicile pour partir sur le Chemin de Compostelle avec deux objectifs très précis :

– rejoindre la fin des terres en Espagne,

– peindre à l’aquarelle tout au long de mon cheminement.

Pari tenu en 50 jours, 144 aquarelles et plus de 1000 km !

Pour moi, le Chemin de Compostelle est avant tout un espace de liberté et de rencontres : rencontre avec soi, rencontre avec les autres et leurs cultures, rencontre avec la nature…

Souhaitant prolonger et partager cette expérience, en février dernier, j’ai ouvert ce blog,

Puis, cette aventure a pris la forme d’un ouvrage. Mis en page par mes soins, il présente l’intégralité des aquarelles accompagnées de quelques courts textes.

Pour m’aider à éditer l’ouvrage, je vous invite à soutenir son impression en suivant le lien sur la plateforme Leetchi : Carnet d’aquarelles

Pour éditer 100 ouvrages, j’ai besoin de 2500 €. Si vous m’accorder une cagnotte supérieur, j’éditerai plus d’ouvrages, pour que vous receviez tous votre/vos ouvrage(s).

Un grand merci à vous.

Buen Camino !

page 12 du carnet d'aquarelles présente les aquarelles de Estialescq et de Goès
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 12, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018
Extrait du carnet d'aquarelles, l'aquarelle de Castiello de Jaca est en plein page
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 21, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018
Carnet d'Aquarelles, page 22, Jaca
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 22, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018
Carnet d'Aquarelles, page 48, les deux aquarelles de Najera
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 48, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018
Carnet d'Aquarelles, page 61, les deux aquarelles de l'Ermita San Nicolás
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 61, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018
Carnet d'Aquarelles, page 100, aquarelle pleine de page de la Playa de Estorde, site écrit sur le bas de l'aquarelle en noir bordé de blanc. Sur la gauche écrit dans la largeur de l'aquarelle, camino a finisterre de couleur bleu
Carnet d’Aquarelles, « Sur le Chemin…  » : page 100, aquarelles, texte et mise en page Cécile Van Espen, Art et Environnement, 2018

Etape 16

  • 27 septembre
  • 19,9 km
  • ObanosVillatuerta

En traversant Puente la Reina, j’entre dans une nouvelle dimension. Il y a beaucoup de monde qui marche vers Compostelle. Adieu les longues marches solitaires. Le ciel est couvert mais par moment le soleil perce. Dès la sortie de la ville, le Chemin évolue, il monte à travers les collines. Les couleurs sont éclatantes. Les pins présentent de jeunes pousses vert vif. La terre est ocre rouge. Des buissons aux dominantes de bleu alternent avec des asters jaunes. Comme à mon habitude, je déballe mon matériel à même le Chemin. J’oublie de prendre en compte la foule, les marcheurs me doublent. Certains sont curieux, d’autres s’exclament sur l’aquarelle ou sur l’incongruité de la situation… Ils prennent des photos. Ils me parlent en anglais, en espagnol… Je n’arrête pas d’être bousculée et surprise.

A l'aquarelle, un sentier monte entre deux versants de collines, il est dans les tonalités de bleu. A gauche, sur la hauteur, il est bordé par une haie de pins. Le flanc de colline est ocre.
Puente la Reina (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 27 septembre 2017

En poursuivant, sur le coteau qui me fait face Cirauqui est éclairé par un unique rayon de soleil qui agit comme un spot. Il illumine de son halo le petit village. Je m’installe. A nouveau, les marcheurs s’arrêtent, me posent des questions, prennent des photos… Je suis une attraction et toujours pas de français mais de belles rencontres : un Brésilien, des Australiens, des Américains, des Canadiens, des Italiens, des Coréens. Malgo me rejoint. Elle me tient compagnie un moment, prend des photos, se transforme en impresario puis elle poursuit son Chemin. Finalement, une fois que le gros des troupes est passé, j’arrive à retrouver un peu l’ambiance des premiers jours et à profiter du paysage.

A l'aquarelle, un paysage de vallons, en fond, légèrement à droite, une petit village dominé par son église. Le chemin est en premier plan. En sillonnant, il passe devant une vigne, une oliveraie... pour rejoindre le village. Le ciel est chargé.
Cirauqui (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 27 septembre 2017

Le pont que je passe à l’entrée de Villatuerta attire mon attention. Je suis à mon terminus. Je rejoins mon point de chute, j’y prends mes marques puis je reviens sur mes pas. Les riverains sont curieux. Je discute un peu avec eux. De retour à l’albergue, je fais connaissance avec mes colocataires du dortoir. Ce sont deux copines québécoises : Marie-Ginette et Maryse. Nous sympathisons autour d’une paella végétarienne. Quand elle est en confiance, discrètement, Maryse me confit qu’elle est kinésithérapeute. Elle propose de décongestionner ma tendinite quand nous serons dans le petit dortoir, à l’abri du regard des autres pensionnaires. Je pense qu’elle ne veut pas ébruiter sa profession afin d’éviter de se laisser déborder par les autres. En quelques massages, ma jambe désenfle, les rougeurs s’atténuent. Elle me montre les gestes à faire dans les jours suivants. Le lendemain matin, la douleur s’est déplacée. Je marche mieux. En fin d’après-midi, la tendinite n’est presque qu’un vieux souvenir…

A l'aquarelle, un pot de pierre traverse à double arches semi-circulaires, une rivière encombrée de roseaux.
Villatuerta (Navarre / Navarra – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 27 septembre 2017

Etape 10

  • 21 septembre
  • 0km
  • Artieda

Je suis toujours coincée à Artieda. Mon problème de tendinite n’est pas résolu. L’hospitalière est conciliante. Ce matin, je profite de l’animation du village. C’est jour de marché. Dès 10h, caddie en main, des personnes se regroupent sur la place devant le refuge. Elles sont moins d’une dizaine, hommes et femmes. Elles attendent le camion d’un primeur qui passe une fois par semaine. L’une d’entre-elles demande à voir mon carnet d’aquarelles. Elle le feuillette, les autres sont tout autour. Je reçois quelques commentaires élogieux. L’une reconnaît la porte de son jardin et manifeste une certaine fierté. Quand le camion arrive, changement d’ambiance. Le carnet m’est rendu. Nous devenons invisibles. Tous s’alignent devant le camion. Chacun attend son tour. Les courses faites, chacun rentre chez lui. Le village retombe dans sa quiétude.

A l'aquarelle, une personne se dirige vers un camion primeur, ouvert sur son coté, deux autres attendent. Derrière elles, un arbre fait de l'ombre. En arrière plan, dernière la benne du camion, le clocher-tour de l'église de Artieda.
Artieda (Saragosse / Zaragoza – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 21 septembre 2017

 Après cet épisode, je décide de prendre en main ma problématique. Je me renseigne auprès du jeune hospitalier, Raoul, et de mon assurance. Raoul propose de m’amener à Pampelune. Il s’y rend en fin d’après-midi avec des amis. Je suis touchée par sa proposition d’autant qu’il insiste : 

– Tu as bien compris ? Mes amis et moi pouvons t’amener et te ramener. 

J’accepte avec plaisir. Par le biais de mon assurance, j’ai rendez-vous dans un établissement. Je suis attendue. Quelques heures plus tard, je ressors de la clinique universitaire avec une simple ordonnance d’antibiotique. D’après le médecin, la tendinite va se résorber toute seule, demain je peux repartir. A mon retour, je constate que je partage le dortoir avec un couple d’américains. Je fais la connaissance de Wendy et Scott.

A l'aquarelle, gros plan sur une très vieille porte en bois, toute abîmée. Elle est surmontée d'une gouttière de tuiles brunes. Elle est tenue par un mur de pierre
Artieda (Saragosse / Zaragoza – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 21 septembre 2017

Etape 9

  • 20 septembre
  • 0 km
  • Artieda

L’état de ma jambe droite est stagnant. Avec l’accord de l’hospitalière, je m’arrête un jour. Mais, elle prévient :

– Si beaucoup de monde arrive, tu devras laisser ta place. Je ne peux pas prévoir l’affluence. Mais en cette saison, on ne fait plus le plein.

Sur le Chemin, la règle est que l’on ne peut rester deux jours dans une même albergue. La courte sédentarisation est à l’appréciation de l’accueillant. Je préfère préserver la chance de réussite de mon aventure. Je quitte la compagnie de Roberto et Taïs qui poursuivent leur périple jusqu’à Puenta la Reina. Je me retrouve seule. Je fais un petit tour de Artieda à lente vitesse. Je ne croise personne.

A l'aquarelle, vue sur la partie d'une façade de maison ancienne : au rez-de-chaussé la porte en bois d'une grange, au dessus une baie vitrée à moitié cachée par un volet rouge. Sur le côté gauche, un étroit escalier semble mener à une petite remise dont la porte est percée.
Artieda (Saragosse / Zaragoza – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 20 septembre 2017

Je m’installe à l’entrée du refuge. En face, une maison en pleine restauration. Je la croque en gommant les échafaudages. Là est le principal avantage de l’aquarelle sur la photo. Je peux interpréter librement. Puis, je déménage. Je m’installe dos au refuge, côté restaurant, la vue sur la plaine est splendide. Elle est à perte de vue. En cette fin de matinée, l’éclairage du soleil se porte sur les reliefs. 

A l'aquarelle, paysage très large avec des montagnes éclairées en fond.
Artieda (Saragosse / Zaragoza – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 20 septembre 2017

Dans l’après-midi, après une sieste réparatrice, je jette mon dévolu sur l’entrée du restaurant du refuge dans l’attente de l’arrivée de marcheurs et de l’ouverture. Par chance, ce soir il y a peu de monde. Je partage le dortoir avec un jeune autrichien peu disposé à parler. Il dort tout l’après-midi. Au lendemain, il se lève très tôt et part dès 5h du matin. J’apprends qu’il fait plus de 40 km par jour en courant… Chacun vit l’aventure en fonction de ses propres attentes et de sa propre personnalité. Il y a autant de Chemins que de personnes qui l’empruntent.

A l'aquarelle, habitat traditionnel. Sous une terrasse, une porte en bois, devant sur la droite un banc en bois et une chaise en plastic rouge, à gauche un parasol bleu et une plante grimpante en pot. La rue descend et tourne vers la gauche au niveau de la terrasse.
Albergue de Artieda (Saragosse / Zaragoza – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 20 septembre 2017

Etape 5

  • 16 septembre
  • 17,7 km
  • Borcecol du Somport 

Quand je prends la route, il fait 4°. Le ciel est dégagé. A l’entrée de Urdos, un bruit d’éboulis de cailloux dans une gravière me fait lever la tête. Deux isards montent dans l’ombre sur le versant est. Plus loin, à la sortie du village, les premiers rayons de soleil atteignent le fond de la vallée. Après une rude montée, versant ouest, les rayons m’attendent comme une récompense à mes efforts. Je repère une pierre sur laquelle je me pause. J’allie le plaisir de peindre à celui de me chauffer au soleil. Un vrai petit bonheur m’envahit.

A l'aquarelle, en premier plan, un portail de bois barre un chemin. A gauche les balisages du GR (rouge et blanc) et du chemin (une croix jaune)
Urdos (64 – France), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 16 septembre 2017

Avant que je passe sur l’autre versant de la vallée d’Aspe, le ciel se couvre. La perspective qui s’ouvre sur les hauteurs n’est pas encore totalement voilée. Au détour du sentier, elle s’offre à mes pinceaux. Je saisis cette vue exceptionnelle. Je fais face à ma destination. Demain, j’aurai franchi cette barrière naturelle.

A l'aquarelle, une perspective sur la chaine des Pyrénées bouchée par une barrière de nuages
Urdos (64 – France), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 16 septembre 2017

La pluie se met à tomber à verse alors que je suis à Peyranère, non loin du col du Somport. Arrivée au passage du col, je décide de m’arrêter dans l’unique refuge. Je ne veux pas entamer la descente avec ce temps, je n’ai aucune envie de glisser sur les pierres. Le ciel se calme alors que je m’attable dans la salle de restauration. Les nuages s’ouvrent, la vue sur l’Aragon se dégage partiellement.

Les dortoirs du refuge se remplissent progressivement. Pour la première fois depuis le début de mon aventure, je rencontre d’autres personnes qui suivent ma direction ou une partie. Il y a de nombreux Espagnols, un Allemand parti de Hambourg en trottinette, un couple franco-québécois… Les échanges se limitent à quelques sourires. Plus tard, je découvre que les Espagnols présents ce soir-là démarrent leur aventure. De Canfranc station, ils sont montés en bus pour redescendre dès le lendemain à pied. Certains vont jusqu’à Compostelle, d’autres marchent durant une semaine ou deux.

A l'aquarelle, vue sur la descente espagnole du col du Somport
Col du Somport (France – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 16 septembre 2017

Etape 4

  • 15 septembre
  • 18,3 km
  • SarranceBorce

Même si je pars sous un ciel bleu, la pluie est prévue pour 13h. Je marche, je ne perds pas de temps. De toute façon, je ne peux pas dessiner avant les 10 ou 11h à cause de l’humidité incompatible avec l’aquarelle. Alors que le ciel commence à se voiler, je m’installe sur un petit muret à la sortie de Bedous. J’ai vue sur les toitures du village. Un vent froid se lève. Il m’oblige à accélérer la fin du dessin. La pluie ne tombe pas à l’heure annoncée. Heureusement pour moi, je poursuis mon chemin au sec.

A l'aquarelle, quelques toitures en ardoise, dans un paysage très vert. Presque au centre, un clocher
Bedous, aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 15 septembre 2017

Toute la montée vers Borce se fait en alternance soit sur le macadam ou soit en sous-bois sur un sentier à flanc de falaise encadré par une haie de buis. Arrivée au lieu-dit L’Estanquet, un chien de race Border Collie dort devant une maison. A mon passage, il se lève. Je lui dis :

– Bonjour !

Fort de ma considération, il file devant moi. Il s’engage sur la route du col du Somport. Il n’est jamais trop proche de moi, jamais trop loin. Du coin de l’oeil, il surveille mes réactions. J’évite de le regarder pour ne pas l’inciter. Il prend les roues des voitures pour des pattes de moutons. Il attaque systématiquement toute voiture qui monte ou qui descend. Il freine dangereusement et violemment la circulation. Il cherche mon soutien après chaque attaque. Sous la visière de ma casquette, je garde les yeux rivés au sol. Il me cause de nombreuses frayeurs mais je tente de ne rien montrer alors que mon taux d’adrénaline est à son maximum. Quand la direction bifurque, il me montre la route à suivre. Il connaît ma destination. Alors que je suis sur le sentier et que je me pause, il fait de même. A quelques mètres de moi, il creuse un trou au pied d’un arbre et s’y loge. Il attend. Dès je range mes affaires pour repartir, il se positionne à l’avant de ma marche. Il attend en me regardant avec insistance. Quand je rentre dans Borce, il disparaît. Mon guide de l’après-midi a géré la circulation routière avec brio, me préservant d’un éventuel accident dans la montée vers le col du Somport.

A l'aquarelle, une haie de buis borde un sentier
Vallée d’Aspe, aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 15 septembre 2017

Si le chien m’abandonne, c’est pour laisser place à la pluie. Elle est  fine mais drue. Impossible d’errer dans Borce. Je ne vois aucun abri qui pourrait me permettre de peindre en plein air. Alors, dans la salle commune du refuge, je croque deux randonneurs, deux copains, qui explorent la vallée d’Aspe. Ce soir, nous sommes quatre, l’autre randonneur traverse les Pyrénées par le GR. Nous échangeons vaguement autour de nos projets respectifs.

A l'aquarelle, deux hommes, assis devant un table, échangent.
Borce, aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 15 septembre 2017