Etape 48

  • 29 octobre
  • 32,7 km
  • Santa MariñaCee

L’étape du jour est longue. Elle se termine par une traversée de désert : 13,5 km sans village, sans refuge. Avec le changement d’heure, le départ à 7h15 se fait au lever du jour. Je suis la première à démarrer. Une dernière fois, j’apprécie les petites mers de nuages qui se lèvent du fond des vallées de la Galice. Je ne peux pas les peindre, il y a trop d’humidité.  Après Ponte de Oliveira, quand le sentier prend de la hauteur et que son exposition est face à l’est, je peux m’installer. Le sol est toujours humide. Le vent souffle très fort. Nous ne sommes pas loin de l’Océan. Il est peut être sous son influence. Ce matin, le Chemin est désertique. Il n’y a pas âme qui vive, pourtant je ne suis qu’à quelques kilomètres de Fisterra.

A l'aquarelle, une colline fait face. A sa base, le lit partiel d'une rivière. Le flanc de colline monte, il est boisé. Au sommet, apparaissent deux éoliennes dont l'implantation semble continuer sur l'autre versant. Les tonalités des arbres oscillent du vert olive au rouille.
Olvieroa (Coruña – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 29 octobre 2017

Le paysage se métamorphose. Il devient rocailleux, habillé de pins et d’eucalyptus. Je fais la pause des 20 km, en plein milieu du passage. Il n’y a pas d’affluence, je ne suis pas dérangée. Mais, un groupe de jeunes italiens me double. L’un d’entre eux fait demi-tour.

– Je vous connais… Nous avons mangé à la même table à Hontanas

Ma mémoire s’active. Mes neurones se reconnectent.

– Ouaaah !

Du groupe de cinq avec qui j’avais partagé le repas, ils ne sont plus que deux. Les autres ont arrêté leur périple à Santiago. Entre temps, le deux restants ont rencontré d’autres italiens avec qui ils finissent leur route. Ils prennent une photo de nous trois pour envoyer aux autres. Nous nous embrassons. Nous nous félicitons. Nous sommes arrivés ! Eux veulent être au Cabo Fisterra ce soir. Ils courent plus qu’ils ne marchent. Moi, je prends mon temps. L’arrivée est pour demain.

A l'aquarelle, de face, un chemin part tout droit. Large en bas de feuille, il se rétrécit. A mi feuille, il s'arrête suggérant un changement de pente. Il est bordé d'arbres et semble s'enfoncer dans une forêt
Marco do Coto (Coruña – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 29 octobre 2017

Et soudain, au bout d’une interminable ligne droite de quelques longs kilomètres, exposée au vent et au soleil, l’Océan apparaît. Avec le soleil qui s’y reflète en cette fin d’après-midi, il est éblouissant. Face à moi, la plus belle vue de monde. Les larmes me montent aux yeux. Je suis en arrêt, subjuguée. J’y suis !

En quelques secondes, je choisis d’immortaliser la vue, celle de la réussite de mon aventure. L’aquarelle me permet de faire durer l’émotion. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle s’exprime ici et si violemment.

Une jeune néerlandaise me rejoint. Elle marque un temps d’arrêt puis repart.

Regina arrive bien plus tard. Elle saute de joie. Nous nous embrassons. Elle se pose pour jouir de ce moment. Nous repartons au même rythme jusqu’à Cee.

A l'aquarelle, un chemin part du centre droit de la feuille, il descend et semble s'enfoncer dans un paysage d'arbres. En fond, on devine l'Océan qui marque la ligne d'horizon. Il est éclairé par le soleil.
Cee (Coruña – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 29 octobre 2017
Publicités

Etape 47

  • 28 octobre
  • 21 km
  • NegreiraSanta Mariña

Jusqu’à présent, je suis passée à la lisière d’incendies. Là, je traverse une petite zone qui a brûlé il y a 10 jours. L’odeur est encore présente. Il fait beau. Pourtant, cet environnement me glace. Un marcheur allemand a la même réaction que moi. Il pose un regard anxieux sur la forêt détruite :

– Je n’aurai pas aimé être là quand ça a brûlé. Rien qu’aujourd’hui, j’en ai la chair de poule. Ca fait peur.

A l'aquarelle, partie basse d'un bois, tous les troncs sont noirs, calcinés, la terre également.
Negreira (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 28 octobre 2017

Pourtant, il ne perd pas le nord. Il me prend en photo. Il m’a déjà croisée et n’en revient toujours pas.

– Chaque fois que je te vois, tu es entrain de peindre. Comment fais-tu ?

Puis, il s’en va en affirmant :

– Je suis sûr que nous allons nous revoir.

A la sortie de Cornado, je trouve un peu d’ombre. Le sentier est très dégagé. Le soleil cogne, malgré le vent. En cette saison, il devrait pleuvoir. La chauffeuse de taxi d’hier s’est beaucoup étalée sur le sujet :

– Normalement, il pleut de septembre à décembre. La sècheresse règne sur la Galice depuis 10 mois. Un malheur pour nous, les habitants.

A l'aquarelle, vue qui plonge sur un pré. En fond, il est fermé à gauche par une barrière, puis par d'immenses arbres
Cornado (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 28 octobre 2017

Ici, la pluie est attendue avec beaucoup d’impatience. En attendant, je marche sous un soleil de plomb.

Quand je rejoins une auberge, elle est en bordure d’une route à grande circulation, à la sortie de Santa Mariña. Le cadre n’est pas des plus esthétiques. Mais, le dortoir est confortable et spacieux. Dehors, je fouille du regard à la recherche d’un point de vue, J’entends un coq chanter. En cherchant, je trouve un tout petit poulailler coincé au fond d’un hangar occupé par un tracteur. La lumière est absente. Dans ce fond ténébreux, le roux des poules ressort, alors je les croque…

Une rangée de 5 poules, rousses, sur fond noir. Elles sont toutes en position différente, de profil, de face la tête entrain de picorer, de profil pour le coq, puis de dos, la dernière montrant son postérieur
Santa Mariña (Coruña – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 28 octobre 2017

Etape 45

  • 26 octobre
  • 23,3 km
  • CastañedaO Pedruzo

Le lever du jour est beau. Le ciel est dégagé. La brume se lève du fond des vallées, comme il y a deux matins. Aujourd’hui, le Chemin suit une crête. Je m’installe en bordure, au soleil. Ainsi, à 10h, je peins sans problème d’humidité. Les gens qui passent, s’arrêtent, discutent… J’ai beaucoup de difficultés à me concentrer car la sollicitation est permanente. Elle est très représentative de l’affluence. Je mesure l’écart qu’il y a depuis mon départ où je croisais personne. Depuis Puente la Reina, progressivement, et plus particulièrement depuis Sarria, l’affluence est croissante. Je m’en préserve le soir en évitant de m’arrêter dans de grandes villes étapes. Le matin, je ne peux pas éviter la foule. Elle se dilue au fil de la journée car je marche lentement et je m’arrête pour peindre. Environ une heure par aquarelle. Alors que nombreux sont ceux qui arrivent à l’étape vers 15h, j’arrive vers 17h parfois 19h. Je n’ai jamais réservé mon lit. J’ai toujours eu une place. En haute saison, j’aurai du « booker » pour ne pas dormir à la belle étoile.

A l'aquarelle, l'aquarelliste domine le paysage, une succession de vallée d'où monte la brume. On devine les sommets des coteaux qui s'estompent dans le ciel en s'éloignant. En premier plan, la bordure d'un sentier délimitée par une vieille clôture en fils barbelés
Arzúa (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 26 octobre 2017

En entrant dans cette forêt, la perspective me fait craquer. Tant pis pour le dérangement. Je me mets à même le sol. Je profite d’une vue plongeante sur les deux haies de chênes qui encadrent le sentier forestier. Derrière cette barrière végétale, il y a une forêt d’eucalyptus qui embaume. Aujourd’hui, à nouveau, je ne peins que deux aquarelles. Je suis victime de l’empreinte urbaine. Je suis à l’entrée de Santiago. Il y a beaucoup de monde. Le refuge est désagréable. Nous sommes entassés. Il manque un peu d’humanité. Je ne croise personne que je connaisse. Au restaurant, je n’ai pas envie de manger en tête-à-tête avec mon ombre. Je m’impose à une table. Elle est occupée par une Irlandaise. Comme moi, elle est seule. Nous échangeons beaucoup notamment autour du questionnement personnel, une des principales motivations de nombreux marcheurs.

A l'aquarelle, un sentier s'enfonce de face dans un bois. On ne voit que la base des arbres, les troncs et quelques feuillages.
Salceda (Galice – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 26 octobre 2017