Etape 22

  • 3 octobre
  • 23,9 km
  • CirueñaVillamayor del Rio

Passer Santo Domingo de la Calzada et les couleurs changent. La terre perd son ocre rouge. La vigne disparaît pour laisser place à des cultures céréalières déjà moissonnées. Dorénavant, j’évolue dans des ocres jaunes ou dans des siennes. Quelques kilomètres plus loin, je change de région. Une grande borne signale l’entrée dans la Castille del Leon… Malgré cette évolution paysagère, la nature est toujours aussi belle. Un seul bémol, je surplombe la N120 qui la met en musique sans harmonie.

A l'aquarelle, paysage de collines. En premier plan, à gauche, un bouquet d'arbres qui commence jaunir. De là, part vers le fond à droite, la limite d'un champ qui se termine par un nouveau bosquet aux mêmes couleurs. Derrière, une colline aux tonalités sienne / rouge s'élève.
Santo Domingo de la Calzada (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 3 octobre 2017

La N120 est bruyante. Pour la marcheuse que je suis, elle est source de stress. Quand je la dessine, je suis loin de me douter que je vais la suivre durant toute la fin de l’étape. En contrebas, le ballet des camions est incessant. Puis, le Chemin descend et se colle à la route. C’est infernal ! Dans tous les livres de photographies ou de peinture sur le sujet que j’ai consultés avant de partir, je n’ai pas pris conscience de ce désagrément. Mon regard s’est projeté dans la beauté des images. J’en ai tiré une interprétation très personnelle, synonyme de tranquillité, de quiétude. Aujourd’hui, je suis loin de cet idéal. La modernité et ses inconvénients sont extrêmement présents, bien loin des préceptes véhiculés par le Chemin historique.

A l'aquarelle, passé le premier plan, des terrains qui descendent et s'arrêtent à la limite d'une route. Sur la voie, 3 camions et un voiture circulent. De gauche à droite, un camion jaune vers la gauche, un camion vert vers la droite, une voiture grise et un camion rouge vers la gauche. Du bord de la chaussée, partent des champs, délimités en fond par une haie arbustive vert pomme. Au delà, une colline.
Pedecilla del Campo (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 3 octobre 2017

Surprise, au refuge je retrouve Georges que je n’avais pas vu depuis la veille. Nous sommes dans le même dortoir. Avec nous, il y a également Olga ainsi qu’une Italienne, Maria-Rosa. Partie à pied de Puente la Reina, cette dernière rejoint Atapuerca pour y tenir bénévolement un refuge pendant une semaine.

A Villamayor del Rio, l’albergue est agréable, elle est en retrait de la route, à 100 m. L’environnement n’est pas au top, alors je repère une des paires de chaussures qui s’aèrent au soleil et la croque. Ce sont celles de Georges. Il est très fier de mon choix et il ne peut s’empêcher une pointe d’humour :

– Heureusement, la peinture ne transmet pas les odeurs !

Ce soir, autour de la table, nous sommes neuf de six nationalités : un couple de danois, un couple d’allemands, une Colombienne, une Italienne, un Portugais et 2 Français (Georges et moi). Comme tous les autres soirs, les échanges se font principalement en anglais et en espagnol. Pour que Georges se joigne à nous, je m’improvise interprète. Depuis Monreal, Georges est le seul français que je croise.

A l'aquarelle, en bordure d'une margelle de terre cuite, une paire de chaussures. Sur la partie gauche, 4 pots de plantes. Le talon des semelles de la paire sont posés, contre les pots. Les chaussures sont de profil orientées vers la droite.
Villamayor del Rio (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 3 octobre 2017
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Etape 21

  • 2 octobre
  • 15,9 km
  • NávajunCirueña

Depuis que je suis partie de Návajun, il tombe des gouttes par ci et par là. Il est midi passé quand je m’arrête. Chaque halte est propice à une aquarelle mais également au repos. Alors, je suis bien heureuse que la petite pluie fine s’estompe. Elle laisse place à quelques rayons de soleil qui assèchent le sol. Alors que je suis à peu prés au calme, un bruit de foule enfle. Il m’interpelle. Arrivent puis passent devant moi, des jeunes. Des collégiens espagnols. Ils parlent fort et avancent vite. J’ai l’impression que tout un établissement défile sous mes yeux. Le flot est ininterrompu durant un bon quart d’heure. De leur côté, les roseaux, que j’ai choisi comme modèle, ne plient pas devant l’affluence. Ils prennent vie dans tous les fossés qui entourent les champs.

A l'aquarelle, en premier plan à droite, des touffes de roseaux, les pieds dans l'eau. Du premier plan à gauche part une bordure d'herbe vert pomme qui s'éloigne pour passer derrière les roseaux. Sur la ligne horizontale du fond, d'autres bouquets de roseaux sont suggérés. En fond, les collines aux couleurs de terre rouge
Azofra (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 2 octobre 2017

Après la succession de vignobles, le paysage se transforme. La vigne se fait plus rare et laisse place à des terrains cultivés. Les champs sont labourés. La terre fraichement retournée est d’un rouge lumineux. Celle, travaillée moins récemment, est déjà plus terne. Sur ce fond chaud se greffent les premières couleurs d’automne. Le jaune est flamboyant surtout quand le soleil pointe dessus. Une riche palette de couleurs s’offre au regard qui ne se lasse pas d’une telle beauté.

A l'aquarelle, en premier plan, la terre rouge. Un petit chemin par de la droite vers la gauche. En fond, du petit chemin, une lisière d'arbres va du vert au jaune or
Cirueña (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 2 octobre 2017

Au loin, l’église semble abandonnée comme tout le village.

A l'aquarelle, une petite église au clocher carré, sans croix sur le sommet. Elle occupe moitié droite du dessin. En premier plan, une petite clôture derrière laquelle poussent quelques arbres. Le ciel est de plomb.
Cirueña (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 2 octobre 2017

Quelques instants plus tôt, l’arrivée dans Cirueña est extrêmement angoissante. Quel contraste avec la beauté de la campagne traversée. Je longe un golf, bien entretenu. Sans golfeur. Puis, je débouche sur des quartiers résidentiels neufs. Sans habitant. Les maisons, parfaitement finies, sont vides. Des quartiers à l’architecture différente se succèdent. Ils sont tous à l’abandon. Quelques rares bâtiments sont occupés… La ville est morte. Le constat est terrifiant :

– C’est une opération spéculative vouée à l’échec. Ici, il n’y a rien, pas même un bar. C’est normal que les gens ne veulent pas acheter, précise mon hôte.

A croire que l’entrée fantôme dans Cirueña a fait fuir la horde de marcheurs. Nous ne sommes que trois femmes à nous arrêter ici. Ce soir je fais la connaissance d’une américaine, Michelle, qui a démissionné de son travail pour vivre l’expérience et faire un point sur sa vie, et d’une Colombienne, Olga, qui réside en Espagne et vient sur le Chemin au rythme de 15 jours par an.