Etape 25

  • 6 octobre
  • 24,4 km
  • Cardeñuela Riopico – Tardajos

Vive le macadam ! L’étape la plus terrible depuis mon départ. Je fais quelques kilomètres sur le bas côté de la route, aucun tracé n’est aménagé. Puis viennent les trottoirs de la zone industrielle, de la zone commerciale et de la ville. Il y a de quoi être écoeurer de la marche. Heureusement, la beauté du centre historique, l’architecture en dentelle de la cathédrale, l’ensemble sous l’éclairage du soleil fait tout oublier. Par contre, le vent souffle. Burgos est à plus de 800 m d’altitude. Il y fait froid. Après quelques arrêts, je m’oriente vers la sortie de la ville. Elle est plus agréable que l’entrée. L’allée de platanes se situe aux abords de l’Université. Qu’elle est belle avec sa tenue automnale !

A l'aquarelle, une allée de platane. L'entrée prend la lageur de la feuille et par sur la droite. Le feuillage est dans les oranges. A gauche, longeant l'allée, on devine un vieux bâtiment aux fenêtres très étroites
Burgos (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 6 octobre 2017

Face à moi, la Meseta. Demain, je l’affronte. Certains me disent que sa traversée est terrible tellement le paysage est monotone. D’autres vantent la magie de ce haut plateau qui s’étire de Burgos à León.

En attendant, je partage le petit dortoir avec un Canadien, Monty, et un Russe, au prénom imprononçable et impossible à mémoriser. Le premier tentera de me faire adhérer à une église qui prône une vision très mystique du Chemin, sans succès. Le second pratique la marche nordique à grande vitesse, plus de 40 km par jour. Il adore se « défoncer » dans l’effort physique. Du fait de sa rapidité, il se permet de très longs arrêts touristiques ou gastronomiques.

A l'aquarelle, une vaste étendue dans les tons d'ocre rouge. Sur le premier plan à droite, un massif d'herbes oscille du vers au doré en passant par le violine
Tardajos (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 6 octobre 2017

Pour la première fois depuis mon départ, à Tardajos, nous avons un lit avec des draps. Nous disposons même de serviettes de bain. Nous ne sommes pas insensibles à ce petit déploiement de confort. Ce soir, le sac de couchage et le drap de bain restent au fond du sac à dos. Quel luxe !

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Etape 24

  • 5 octobre
  • 25,5 km
  • Villafranca Montes de OcaCardeñuela Riopico

Ce matin, le changement de décor est impressionnant. Je ne longe plus de route à grande vitesse. Je traverse une forêt de chênes, puis de pins jusqu’à San Juan de Ortega. Je me sens un peu chez moi, entre Béarn et Landes. La route est encore un peu présente. C’est un bruit de fond plus ou moins audible. Quand, il disparaît complètement, je m’assieds à l’orée de la forêt de pins. Alors que je dessine, je respire l’odeur des pins à plein poumon.

A l'aquarelle, vue de face, la lisière d'une forêt de pins. Seule la partie base est peinte. Au milieu des troncs, un jeune pin amène une tonalité verte sur une ensemble ocre / orange
San Juan de Ortega (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017

Contrairement aux forêts de chênes ou de pins, les champs de tournesols ne ressemblent en rien à ceux du Béarn. Dans ma région, les fleurs sont immenses. Séchées, elles sont tellement lourdes de graines que les tiges, qui les portent, cassent sous leur poids. Ici, les fleurs sont rachitiques. Dans le paysage aride, elles s’accordent parfaitement. Le soleil, qui plonge sur elles, les ramène un peu à la vie. Il leur apporte un éclairage particulier en irisant leurs bruns.

A l'aquarelle, un chemin par du premier plan vers le fond à droite. Sur la gauche, il dessine la lisière d'une champ de tournesols grillés, sur 3 rangs. Côté droite, le chemin est bordé d'une clôture abimée : piquets de bois et fils barbelés
Altapuerta (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017

Cardeñuela Riopico n’est pas très loin. Je suis encore en rase campagne, pourtant l’empreinte urbaine est bien présente. Au loin, les éoliennes marquent tous les sommets espagnols de l’Aragon à la Navarre puis à la Galice. Une vraie blessure dans le paysage. Le décor industriel est renforcé par l’amoncellement d’antennes sur une hauteur, juste au dessus d’une carrière… Ce paysage me ramène directement dans la réalité de notre siècle : l’exploitation de la nature au profit d’enjeux économiques.

A l'aquarelle, le paysage industriel semble être à perte de vue. En horizon, les éoliennes. Devant, une carrière surmontée à droite par plusieurs antennes posées à flanc de colline
Cadeñuela Riopico (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017

En cheminant, je passe devant l’entrée de Villalval pour rejoindre Cardeñuela Riopico. J’arrive au gîte à 17h. Quand l’hospitalier voit mes aquarelles du jour, il reconnaît tous les sites peints. Il s’enthousiasme. Il me parle de la fontaine de Villalval qui est sur le sceau qu’il appose sur les credentials. Pour lui, je ne peux pas poursuivre ma route sans la dessiner. Il est insistant. Il propose de m’y conduire en voiture et de venir m’y rechercher. Je cède sous l’enthousiasme de ses propos :

– La plus ancienne de la région, précise t-il.

J’ai envie de découvrir cette fontaine romane. Il m’y dépose vers 17h30. On convient de 18h30 pour le retour. Il m’oublie. A 19h, en servant le repas aux autres, il s’aperçoit qu’il manque une personne. Il me retrouve sur la route : depuis 10mn, lasse de l’attendre, je rentre à pieds.

A l'aquarelle, une fontaine. En premier plan gauche, le canal encadré par des pierres de taille. Il part vers le fond sur la droite. Fond barré par l'entrée de la fontaine, entrée faite de pierres posées comme une voute romane. Derrière la première voute, une seconde.
Villalval (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 5 octobre 2017

Etape 23

  • 4 octobre
  • 17,3 km
  • Villamayor del RioVillafranca Montes de Oca

Tout le tronçon met mes nerfs à rude épreuve. Je longe toujours la N120. Même en partant de bonne heure, avant 8h du matin, la circulation est intense. Le brouillard s’est également imposé. Dès qu’il se lève pour laisser place au soleil, je me pose sous les rayons pour me réchauffer un peu et pour peindre. Aujourd’hui, j’ai froid. Depuis la traversée des Pyrénées, c’est la première fois que je sors ma doudoune en cours de marche. Celle-ci a de multiples fonctions : pull, veste d’appoint, coupe-vent… Je la mets directement par dessus ma chemise de coton. Je n’ai rien d’autre pour me tenir chaud et elle remplit parfaitement son rôle.

A l'aquarelle, un chemin part de la droite vers la gauche pour tourner vers la droite et se perdre dans un bosquet d'arbres de diverses essences (plusieurs volumes et différentes tonalités : rouge, jaune or, vert pale, vert foncé...) Sur la ligne d'horizon, de la gauche descentes des collines qui se perdent derrière le bosquet.
Tosantos (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 4 octobre 2017

Une heure plus tard, je l’ôte. Le soleil domine. Je reste en chemise de coton à manches longues. Elle me préserve du soleil ou des insectes et me protège des petites fraicheurs. Assistée de la doudoune, je n’ai pas besoin de plus. Ma garde-robe est réduite au minimum pour pallier au poids des carnets de dessin. Je suis partie de Lescar avec 8 blocs de près de 300 grammes chacun.

Dans le petit village de Villambistia, un lieu d’accueil apporte un peu de repos aux oreilles. La terrasse est large, bien exposée, ouverte sur la campagne et elle tourne le dos à la route que je retrouve immédiatement après.

A l'aquarelle, de la droite à mi hauteur, une pente descend vers la gauche et s'arrête à un tiers. Cette ligne marque un premier champs. Sur sa crête légèrement à droite, un petit cabanon avec à l'entrée gauche, deux petits arbres. derrière, la colline
Villambistia (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 4 octobre 2017

Le refuge de Villafranca Montes de Oca a une double casquette : hôtel 3 étoiles et refuge… J’y entre par l’entrée principale, je suis impressionnée. Je ne sais pas trop quelle attitude adopter. Cette subite exposition de confort me dérange. Je n’y suis plus habituée. Mon quotidien est devenue spartiate. Après quelques minutes d’attente, je me familiarise avec le lieu, tout rentre dans l’ordre.

– Avez-vous un lit ?

– …

Sans hésitation, la standardiste « muette » prend ma credencial. Elle sort le tampon de l’hôtel et l’y appose. Egalement, à ma demande, elle le met sans sourciller au dos de mes aquarelles du jour. Plus tard, alors que je dessine l’entrée côté refuge, elle vient discuter. Elle regarde les dessins du carnet. Elle est séduite.

A l'aquarelle, un portail monumental. Les battants en bois sont ouverts. Ils sont surmontés d'une étroite toiture de tuilles. Ils ont encadrés par des rosiers aux fleurs rouges. Au delà du portail, un arbre est suggéré par son tronc
Vilafranca Montes de Oca (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 4 octobre 2017

Etape 22

  • 3 octobre
  • 23,9 km
  • CirueñaVillamayor del Rio

Passer Santo Domingo de la Calzada et les couleurs changent. La terre perd son ocre rouge. La vigne disparaît pour laisser place à des cultures céréalières déjà moissonnées. Dorénavant, j’évolue dans des ocres jaunes ou dans des siennes. Quelques kilomètres plus loin, je change de région. Une grande borne signale l’entrée dans la Castille -Leon… Malgré cette évolution paysagère, la nature est toujours aussi belle. Un seul bémol, je surplombe la N120 qui la met en musique sans harmonie.

A l'aquarelle, paysage de collines. En premier plan, à gauche, un bouquet d'arbres qui commence jaunir. De là, part vers le fond à droite, la limite d'un champ qui se termine par un nouveau bosquet aux mêmes couleurs. Derrière, une colline aux tonalités sienne / rouge s'élève.
Santo Domingo de la Calzada (La Rioja – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 3 octobre 2017

La N120 est bruyante. Pour la marcheuse que je suis, elle est source de stress. Quand je la dessine, je suis loin de me douter que je vais la suivre durant toute la fin de l’étape. En contrebas, le ballet des camions est incessant. Puis, le Chemin descend et se colle à la route. C’est infernal ! Dans tous les livres de photographies ou de peinture sur le sujet que j’ai consultés avant de partir, je n’ai pas pris conscience de ce désagrément. Mon regard s’est projeté dans la beauté des images. J’en ai tiré une interprétation très personnelle, synonyme de tranquillité, de quiétude. Aujourd’hui, je suis loin de cet idéal. La modernité et ses inconvénients sont extrêmement présents, bien loin des préceptes véhiculés par le Chemin historique.

A l'aquarelle, passé le premier plan, des terrains qui descendent et s'arrêtent à la limite d'une route. Sur la voie, 3 camions et un voiture circulent. De gauche à droite, un camion jaune vers la gauche, un camion vert vers la droite, une voiture grise et un camion rouge vers la gauche. Du bord de la chaussée, partent des champs, délimités en fond par une haie arbustive vert pomme. Au delà, une colline.
Pedecilla del Campo (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 3 octobre 2017

Surprise, au refuge je retrouve Georges que je n’avais pas vu depuis la veille. Nous sommes dans le même dortoir. Avec nous, il y a également Olga ainsi qu’une Italienne, Maria-Rosa. Partie à pied de Puente la Reina, cette dernière rejoint Atapuerca pour y tenir bénévolement un refuge pendant une semaine.

A Villamayor del Rio, l’albergue est agréable, elle est en retrait de la route, à 100 m. L’environnement n’est pas au top, alors je repère une des paires de chaussures qui s’aèrent au soleil et la croque. Ce sont celles de Georges. Il est très fier de mon choix et il ne peut s’empêcher une pointe d’humour :

– Heureusement, la peinture ne transmet pas les odeurs !

Ce soir, autour de la table, nous sommes neuf de six nationalités : un couple de danois, un couple d’allemands, une Colombienne, une Italienne, un Portugais et 2 Français (Georges et moi). Comme tous les autres soirs, les échanges se font principalement en anglais et en espagnol. Pour que Georges se joigne à nous, je m’improvise interprète. Depuis Monreal, Georges est le seul français que je croise.

A l'aquarelle, en bordure d'une margelle de terre cuite, une paire de chaussures. Sur la partie gauche, 4 pots de plantes. Le talon des semelles de la paire sont posés, contre les pots. Les chaussures sont de profil orientées vers la droite.
Villamayor del Rio (Castille del Leon – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 3 octobre 2017