Etape 29

  • 10 octobre
  • 26,9 km
  • Villarmentero del CampoCalzadilla de la Cueza

L’étape d’aujourd’hui est particulière. Les seize derniers kilomètres sont annoncés longs, très longs, sur une Meseta sans ombre, ni fontaine. Au vu de mon planning, je les parcourrai au moment le plus chaud de la journée. Je choisis de faire mon premier arrêt à l’entrée de cette partie car je suis encore à l’abri des peupliers. Malgo, la jeune polonaise, me rejoint. Passée l’émotion des retrouvailles, elle demande à s’assoir à mes côtés. Elle sort son pique-nique. Quelques minutes plus tard, Claire, l’irlandaise, se joint à nous. Elles font connaissance. Pendant que je peins, nous grignotons et nous papotons. Quand je finis l’aquarelle, tout le monde se lève. Nous faisons chemin commun durant un bon quart d’heure puis chacune prend son rythme, d’autant que nous sommes exposées plein soleil.

A l'aquarelle, une haie de peupliers vue de face, il y a 5 arbres au feuillage vert. Derrière, une haie arbustive à essences plus variées dont les couleurs vont du jaune au vert.
Carrión de los Condes (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 10 octobre 2017

L’environnement devient plus avare en végétation. Les champs sont labourés. Le vent qui court sur le plateau soulève la terre asséchée créant de mini-tornades de poussière. Peindre cette immensité quasiment vide me tente. Personne à l’horizon, ni devant, ni derrière. Une aire de repos pour marcheurs se présente. Elle n’est pas couverte, mais quelques bancs pour se reposer. Je m’installe à une table, je glisse mon carnet dessous pour bénéficier de son ombre. Alors que j’ai presque fini et que seule Claire m’a croisée, un petit groupe d’américains me rejoint. Il y a un tandem, Bruce et Scott, nous avons fait connaissance la veille au soir, puis Michèle. Un moment plus tard, je reprends ma marche solitaire alors qu’ils prolongent leur repos.

A l'aquarelle, le paysage plat s'étend à perte de vue. Par endroit, en lignes horizontales, des petits fragments de haies arbustives. La terre est ocre jaune à ocre rouge, brun... la ligne d'horizon se distingue mal car la terre se confond avec le ciel.
Calzadilla de la Cueza (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 10 octobre 2017

De loin, le sommet d’un clocher se lit avec de plus en plus de netteté. Il est un repère. Un phare. Un espoir. Il signale, peut-être, la présence d’un village. Sûrement la fin de l’étape. Mais aucune autre toiture ne perturbe la ligne d’horizon.  Je guette… La ligne droite paraît interminable… Brusquement, le chemin entame une descente. Le village est en contrebas, alors que la tour-clocher est isolée, posée sur un monticule. Je retrouve Claire. Plus tard, Bruce et Scott s’arrêtent également là. Le dortoir est immense. Les lits superposés sont collés les uns aux autres. La proximité est terrible. Heureusement que nous ne sommes pas en pleine saison. Les couchages supérieurs sont vides. Malgré mon arrivée tardive, 17h, j’ai un lit en rez-de-chaussée, un des derniers. Ce soir, je dine avec Claire, Bruce et Scott. Les trois marchent pour des motivations différentes. Claire fait le chemin par fragment de 15 jours par an. Elle en est à son avant dernier tronçon. L’an prochain, elle envisage de terminer le Camino Francés avec son papa de 80 ans. Elle en parle déjà avec beaucoup d’amour. Scott, approximativement du même âge que l’irlandaise, a une vie professionnelle très intense. Il est en quête de tranquillité. Quand il est seule, par le biais d’une oreillette, il écoute de la musique classique. Son épouse doit le rejoindre à Compostelle. Bruce est retraité depuis quelques années. Il a vu le film «The Way ». Il a une motivation plus intime. Son épouse est très malade, il est en quête de sens.

A l'aquarelle, au sommet d'une colline dont la terre est ocre rouge, une tour clocher carrée s'élève. A sa base, elle se prolonge vers la droite par un petit muret qui se termine par une petit bâtiment bas carré. Ce dernier et la tour clocher ont une toiture à 4 pentes en tuile de couleur de la terre. Derrière le muret, des 4 cypres vert foncé.
Calzadilla de la Cueza (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 10 octobre 2017
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