Etape 30

  • 11 octobre
  • 24,8 km
  • Calzadilla de la CuezaSahagùn

Au matin, je fais une pause thé dans une auberge qui porte le nom de Jacques de Molay. Je re-situe le dernier maître de l’ordre du Temple auprès de Bruce et Magalie, une Suisse allemande, avec qui je partage la table. Nous sommes à Terradillos de los Templarios. Dès la sortie du village, je tombe en émoi devant les couleurs du paysage et la perspective. La terre et le soleil ne font que un… Entre terre et ciel, la ligne d’horizon est fondue. Les éléments se confondent dans des tonalités très chaudes et extrêmement douces. Alors que je viens de reprendre la marche, je m’arrête à nouveau. Je calcule : il est 10h passé, bientôt, l’humidité de l’air aura disparu. En m’exposant au soleil, l’aquarelle sèchera sans grande difficulté. Je m’installe.

A l'aquarelle, un sentier par du bord droit vers la gauche pour tourner dans le lointain, alors qu'il est bordé d'arbres. La terre est ocre rouge et se confond avec l'horizon. Les arbres sont verts olive, d'autres sont couleur terre
Terradillos de los Templarios (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 11 octobre 2017

Le chemin s’est rétréci, il longe une voie de circulation. Dommage ! Le charme serein est vite oublié. Il y a beaucoup de marcheurs en ce début d’après-mdi. Assise sur le rebord d’un petit parapet qui enjambe une canalisation, je prends le parti d’aquareller un fragment choisi de ce double alignement : les arbres et les hommes. Le flot des pèlerins est assez soutenu avant de se raréfier. Quand je repars, je suis à nouveau seule. A l’heure qu’il est, nombreux sont ceux qui ont déjà pris place dans une albergue. Je n’ai pas de souci à me faire. Vers midi, j’ai croisé Claire, Bruce et Scott à la terrasse d’un bar de San-Nicolas Real Camino. Ils me réservent une place pour ce soir.

A l'aquarelle, en partant de la droite, le sentier prend les 2/3 de la largeur de l'aquarelle, il s'enfonce légèrement vers la gauche. Sur la gauche, il est bordé de 3 arbres en enfilade. Sur le chemin, deux marcheurs se suivent. En premier plan à droite, de dos, une personne en bermuda, sac brun sur le dos. Elle suit, devant une autre personne, un chapeau à large bord sur la tête, un teeshirt rose, sac vert émeraude sur le dos.
San Nicolas Real Camino (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 11 octobre 2017

L’auberge choisie est à la sortie de Sahagùn. Bruce me guette sur le pas de porte afin que je ne me trompe pas d’adresse. Nous sommes dans un couvent bénédictin… Je m’approprie mon espace en étalant mon sac de couchage sur le lit. Après mon rituel, je pars me reposer dans la cour intérieure. Je suis au calme, je profite des derniers rayons de soleil. Il est tard. Face à moi, le linge sèche. Il est sous les clochers de l’église et du couvent. Je trouve que ces 3 images réunies témoignent assez bien du Chemin : le mystique côtoie le pragmatique. Intérieurement, je souris. Le comportement des hospitaliers est à cette image. Pour la première fois, le mercantile prend le dessus sur la générosité. Ici, tout est payant. Même l’emprunt d’une couverture au motif :

– Vous comprenez c’est pour les enfants du Pérou…

Je ne suis pas convaincue par cette générosité imposée.

A l'aquarelle, en premier plan sur la droite, du linge sèche sur un fil tendu sous une galerie. La galerie est couverte par des tuiles ocres. Derrière , à gauche, un clocher mur en briques rouges. Un peu plus vers le centre du dessin, un clocher hexagonal, qui est au dessus de la toiture de la galerie.
Sahagún (León – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 11 octobre 2017
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Etape 29

  • 10 octobre
  • 26,9 km
  • Villarmentero del CampoCalzadilla de la Cueza

L’étape d’aujourd’hui est particulière. Les seize derniers kilomètres sont annoncés longs, très longs, sur une Meseta sans ombre, ni fontaine. Au vu de mon planning, je les parcourrai au moment le plus chaud de la journée. Je choisis de faire mon premier arrêt à l’entrée de cette partie car je suis encore à l’abri des peupliers. Malgo, la jeune polonaise, me rejoint. Passée l’émotion des retrouvailles, elle demande à s’assoir à mes côtés. Elle sort son pique-nique. Quelques minutes plus tard, Claire, l’irlandaise, se joint à nous. Elles font connaissance. Pendant que je peins, nous grignotons et nous papotons. Quand je finis l’aquarelle, tout le monde se lève. Nous faisons chemin commun durant un bon quart d’heure puis chacune prend son rythme, d’autant que nous sommes exposées plein soleil.

A l'aquarelle, une haie de peupliers vue de face, il y a 5 arbres au feuillage vert. Derrière, une haie arbustive à essences plus variées dont les couleurs vont du jaune au vert.
Carrión de los Condes (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 10 octobre 2017

L’environnement devient plus avare en végétation. Les champs sont labourés. Le vent qui court sur le plateau soulève la terre asséchée créant de mini-tornades de poussière. Peindre cette immensité quasiment vide me tente. Personne à l’horizon, ni devant, ni derrière. Une aire de repos pour marcheurs se présente. Elle n’est pas couverte, mais quelques bancs pour se reposer. Je m’installe à une table, je glisse mon carnet dessous pour bénéficier de son ombre. Alors que j’ai presque fini et que seule Claire m’a croisée, un petit groupe d’américains me rejoint. Il y a un tandem, Bruce et Scott, nous avons fait connaissance la veille au soir, puis Michèle. Un moment plus tard, je reprends ma marche solitaire alors qu’ils prolongent leur repos.

A l'aquarelle, le paysage plat s'étend à perte de vue. Par endroit, en lignes horizontales, des petits fragments de haies arbustives. La terre est ocre jaune à ocre rouge, brun... la ligne d'horizon se distingue mal car la terre se confond avec le ciel.
Calzadilla de la Cueza (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 10 octobre 2017

De loin, le sommet d’un clocher se lit avec de plus en plus de netteté. Il est un repère. Un phare. Un espoir. Il signale, peut-être, la présence d’un village. Sûrement la fin de l’étape. Mais aucune autre toiture ne perturbe la ligne d’horizon.  Je guette… La ligne droite paraît interminable… Brusquement, le chemin entame une descente. Le village est en contrebas, alors que la tour-clocher est isolée, posée sur un monticule. Je retrouve Claire. Plus tard, Bruce et Scott s’arrêtent également là. Le dortoir est immense. Les lits superposés sont collés les uns aux autres. La proximité est terrible. Heureusement que nous ne sommes pas en pleine saison. Les couchages supérieurs sont vides. Malgré mon arrivée tardive, 17h, j’ai un lit en rez-de-chaussée, un des derniers. Ce soir, je dine avec Claire, Bruce et Scott. Les trois marchent pour des motivations différentes. Claire fait le chemin par fragment de 15 jours par an. Elle en est à son avant dernier tronçon. L’an prochain, elle envisage de terminer le Camino Francés avec son papa de 80 ans. Elle en parle déjà avec beaucoup d’amour. Scott, approximativement du même âge que l’irlandaise, a une vie professionnelle très intense. Il est en quête de tranquillité. Quand il est seule, par le biais d’une oreillette, il écoute de la musique classique. Son épouse doit le rejoindre à Compostelle. Bruce est retraité depuis quelques années. Il a vu le film «The Way ». Il a une motivation plus intime. Son épouse est très malade, il est en quête de sens.

A l'aquarelle, au sommet d'une colline dont la terre est ocre rouge, une tour clocher carrée s'élève. A sa base, elle se prolonge vers la droite par un petit muret qui se termine par une petit bâtiment bas carré. Ce dernier et la tour clocher ont une toiture à 4 pentes en tuile de couleur de la terre. Derrière le muret, des 4 cypres vert foncé.
Calzadilla de la Cueza (Palencia – Espagne), aquarelle plein air, Cécile Van Espen, A5, papier grain fin, 300 g/m2, 10 octobre 2017